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Start-up: la fin d’un dogme

22 sept.
3 min de lecture

Après quatre décennies d’essor, l’écosystème occidental de l’innovation s’essouffle. Recul du capital-risque, concentration des fonds dans l’IA et exode des scale-up imposent de privilégier la qualité. Par Xavier Comtesse et Pascal Eichenberger



Pendant quarante ans, l’écosystème occidental de l’innovation a reposé sur un pari simple: financer des jeunes pousses technologiques pour générer la croissance, les emplois qualifiés et le rayonnement scientifique et industriel des pays. Ce modèle, inspiré des politiques d’innovation de la Silicon Valley, a réussi à l’Arc lémanique. Cependant, il montre aujourd’hui des signes d’affaiblissement.


La construction d’un modèle


La stratégie start-up naît dans les années 1980-90, portée par une conviction: la recherche académique doit se transformer en valeur économique par la voie entrepreneuriale plutôt que par la seule licence industrielle. Trois piliers institutionnels se mettent en place presque simultanément:


  1. Les technoparcs d’abord, conçus comme des sas entre le laboratoire et le marché, offrant infrastructures, mentorat et proximité avec les hautes écoles.

  2. Les offices de transfert de technologie ensuite, chargés de protéger la propriété intellectuelle issue de la recherche publique.

  3. Le capital-risque, enfin, importé des Etats-Unis, qui apporte le financement nécessaire pour franchir la vallée de la mort entre preuve de concept et traction commerciale.


En Suisse, cette architecture se construit autour des écoles polytechniques fédérales, des universités cantonales et de fonds comme Innosuisse. Le discours public s’aligne: la start-up devient l’unité de mesure du dynamisme économique, et chaque canton veut son incubateur.


L’apogée


La décennie 2010 voit ce modèle s’intensifier et se financiariser. Taux d’intérêt proches de zéro, abondance de liquidités en quête d’opportunités de placement, multiplication des fonds de capital-risque: le financement des start-ups devient une classe d’actifs à part entière, avec notamment ses licornes.


Le pic se situe entre 2021 et 2023, porté en fin de course par la vague de l’intelligence artificielle (IA) générative, qui déclenche une ruée de financement sans précédent, au point de faire illusion sur la santé réelle de l’écosystème.


Derrière cette façade, les signaux d’alerte s’accumulent: au niveau mondial, le nombre de deals VC mondiaux est passé d’un pic d’environ 17'000 au premier trimestre de 2022 à seulement 9'400 au troisième trimestre de 2025, soit une chute d’environ 45% en trois ans et demi. Au niveau suisse, le baromètre EY des start-up montre que les tours d’investissement hors IA ont eux aussi chuté sans interruption de 19% en 2024 et de 12% en 2025.


Le retournement


Aujourd’hui, d’autres dynamiques se conjuguent, aggravant la situation.

D’abord, l’IA elle-même agit comme un accélérateur paradoxal du déclin. Elle capte l’essentiel du capital humain et de l’argent disponible et assèche les autres secteurs en réduisant drastiquement le besoin en effectifs.


En outre, les licornes et scales-up reçoivent en grande majorité du financement étranger (selon le Swiss Scale-Up Report 2026, les investisseurs étrangers fournissent 88% du capital deep tech suisse) et celles-ci ont tendance à suivre les sources de financement. Elles se délocalisent pour grandir.


Un changement de mentalité générationnelle s’observe également chez les jeunes diplômés, moins enclins à sacrifier stabilité et équilibre de vie pour l’aventure entrepreneuriale à haut risque, attirés par des trajectoires salariées dans la tech établie ou par l’entrepreneuriat à impact, moins gourmand en capital.


La question n’est donc plus de savoir combien de start-ups un écosystème peut produire, mais dans quelle proportion elles peuvent réellement survivre à la traversée du désert post-financement. On passe de la quantité à la qualité.

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