L’automation, moteur discret de la haute horlogerie
Dans l’Arc jurassien, des spécialistes conçoivent les machines de pointe qui équipent les manufactures. Un savoir-faire nourri par la précision, la robotique et l’IA, qui rayonne bien au-delà des montres. Par Xavier Comtesse
Un article disponible dans l'AGEFI : https://agefi.com/actualites/opinions/lautomation-moteur-discret-de-la-haute-horlogerie
Il existe une industrie qui donne le tempo au monde entier – au sens propre – et dont la langue de travail est le français. Unique!
L’horlogerie suisse de prestige vit sur un territoire bien délimité, relativement petit à l’échelle mondiale, de Genève à Delémont en passant par Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et Bienne, irriguant un bassin de personnes de talent des deux côtés de la frontière franco-suisse. Ni centre unique ni école unique: un écosystème qui colle à une carte, celle de la culture de l’inventivité, alimenté par des techniciens, opérateurs et ingénieurs brillants. C’est cette dispersion qui, curieusement rassemblée sur un petit territoire, en fait le leader mondial incontesté de la haute horlogerie.
Dans cet écosystème, un maillon reste largement invisible du grand public, alors qu’il conditionne tout le reste: l’automation industrielle qui équipe les manufactures de leurs machines d’avant-garde. C’est là qu’interviennent notamment des entreprises comme Rollomatic, Schaublin, Willemin-Macodel, Ciposa ou Humard Automation.
Humard Automation, fleuron industriel
Fondée en 1995 par les frères Georges et Raphaël Humard, et dirigée depuis 2024 par la génération suivante avec Raphaël Humard Jr, Humard Automation est restée fidèle à son ADN familial: la joie d’entreprendre, de créer et d’innover.
Et ce n’est pas qu’un slogan. Le CTO Asaël Droz, qui me fait visiter le campus industriel à Delémont, s’enthousiasme à tout moment devant ce savoir-faire continuellement renouvelé. En effet, chaque machine est conçue au cas par cas selon le cahier des charges du client. Des presses hydrauliques aux robots collaboratifs en passant par des machines d’assemblage automatisées et des prototypes encore secrets.
Ce catalogue de haute technicité irrigue l’horlogerie, bien sûr, mais aussi la medtech, la joaillerie, la cosmétique, l’aérospatial et l’automobile. C’est la véritable preuve qu’un savoir-faire né dans l’horlogerie de précision devient un langage industriel universel.
Industrie tirée vers le haut
L’horlogerie, en évoluant vers le haut de gamme depuis plusieurs décennies, a entraîné tout le monde industriel avec elle. Une région entière a évolué, discrètement. Ici, on ne parle plus seulement de précision, mais surtout de machines d’exception. Vision, robotique, automatisation et intelligence artificielle (IA) sont présentes au quotidien.
On est entré dans un nouveau monde, celui des machines autonomes. Plus que d’exécuter (automatisation), elles se corrigeront bientôt toutes seules… de la quasi-science-fiction.
Pendant que l’actualité multiplie les signaux inquiétants, l’industrie de l’Arc jurassien se porte plutôt bien. Presque une nouvelle à contre-courant, mais cela fait tellement du bien de le dire qu’il ne faut pas s’en priver.
Quel est donc le secret pour une telle réussite? On pourrait dire essentiellement trois choses: d’abord, évidemment, le client horloger: la classe absolue. Ensuite, le talent et l’inventivité de personnalités bien formées, qui ne cessent de progresser dans un esprit d’intelligence. Enfin, un territoire montagneux et vallonné qui, bien que fragmenté, rassemble une force relativement homogène. Les territoires comptent dans l’intelligence collective.



