Palantir, une entreprise que l’on connaît mal
- Gauthier Ménard
- il y a 5 jours
- 2 min de lecture
Des services secrets aux usines, un logiciel qui transforme les données en arme stratégique. Par Xavier Comtesse et Gauthier Ménard
Fondée en 2003 par Peter Thiel et Alex Karp, Palantir s’est d’abord fait connaître dans les cercles du renseignement américain et de la défense. Son nom vient de Tolkien – une sphère de cristal permettant de voir loin, partout et à travers le temps, issue de la fameuse série cinématographique Le Seigneur des anneaux. La métaphore n’est pas anodine. Elle dit quelque chose sur l’ambition du projet: voir loin à travers les données.
Pendant longtemps, Palantir a été une entreprise secrète, réservée aux agences gouvernementales, aux militaires, aux organisations capables de débourser des dizaines de millions de dollars pour avoir accès à ses systèmes.
Depuis le milieu des années 2010, et surtout depuis le lancement de sa plateforme Foundry en 2017, Palantir s’est activement tourné vers les entreprises du secteur privé.
Des géants de l’automobile, de l’aérospatial, de la pharma, des banques, etc. sont aujourd’hui clients. Ils font analyser des montagnes de données qu’elles sont incapables d’utiliser correctement. Non pas par manque de talent ou de bonne volonté. Mais parce que ces données sont cachées, stockées dans des endroits différents, donc souvent invisibles, et n’ont jamais été conçues pour se parler.
Palantir propose une solution en trois temps:
1. Connecter les données
La plateforme Foundry commence par ingérer toutes les sources de données d’une organisation, peu importe leur format, leur origine, leur âge. Elle les nettoie, les harmonise et les organise selon ce que Palantir appelle une «ontologie»*: un modèle qui représente le monde réel de l’entreprise sous forme de graphes de connaissances (objets, propriétés, relations.) Un avion. Un fournisseur. Une commande. Une usine. Et les liens qui les unissent.
2. Faire voir l’invisible
Une fois les données unifiées et structurées, Foundry permet de construire des tableaux de bord, des applications internes et des workflows qui donnent à chaque équipe une vision claire de ce qui se passe, en temps réel. Un opérateur d’usine voit la performance de sa ligne de production. Un directeur des achats voit l’état de sa chaîne d’approvisionnement. Un directeur financier voit l’impact de chaque décision opérationnelle sur ses marges.
3. Lire entre les lignes
Ce n’est pas de l’intelligence artificielle (IA) de surface comme ChatGPT. C’est de l’IA opérationnelle, profonde. Elle ne va pas simplement lire des données, mais voir à travers elles. Elle va mettre en évidence le «unknown-unknown». Cela fait toute la différence.
Aujourd’hui on pourrait se poser la question de savoir comment les PME, notamment suisse, qui n’ont pas les moyens de se payer les services de Palantir, pourront résister à un tel avantage compétitif. Car connaître à fond la concurrence, les clients, les savoir-faire internes, les projets de développement, les chaînes d’approvisionnement, etc. vous donne objectivement une position de force. C’est en résumé l’offre de Palantir: écraser la concurrence par la connaissance!
* L’ontologie qui, en informatique, est la représentation de la connaissance via des graphes de connaissances structurés autour des relations et des fonctions. Ne nous y trompons pas, cette ontologie représente bien l’ultime avancée de la société de l’information.
Par Xavier Comtesse et Gauthier Ménard


