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L’ancien journalisme se meurt, un nouveau émerge

  • Photo du rédacteur: Xavier Comtesse
    Xavier Comtesse
  • 4 mai
  • 3 min de lecture

Mutation profonde: face à la surabondance de données, la valeur se déplace vers l’analyse, l’anticipation et le sens. Par Xavier Comtesse



Nous n’entrons pas dans une nouvelle ère de l’information. Nous en sortons. Le fait brut et l’information travaillée ne suffisent plus. Le lecteur veut savoir autre chose, notamment ce que tout cela implique pour lui et les autres. Il veut comprendre le mouvement des choses. Il veut pouvoir modéliser, tester. Il veut anticiper les changements. Ce que demain va révéler.

Ce glissement n’est pas une dérive, c’est une transformation car le public baigne dans trop d’informations, dans un flux continu de données brutes, d’alertes, de notifications. En un mot, il est surinformé et attend maintenant autre chose.


Quoi au juste ?


Observons les signaux: les newsletters analytiques explosent là où les journaux généralistes s’essoufflent. Les podcasts de décryptage surpassent les bulletins d’information. Les «think tanks» recrutent des journalistes. Les journalistes créent des «think tanks». Ce n’est pas un hasard mais une migration de valeur. Ce que le marché récompense, désormais, c’est la capacité à inférer: à partir de données connues, produire des données émergentes, des analyses et conclusions non encore formulées.


Le modèle classique de l’information était déductif: un fait + une déduction = un article. Le nouveau modèle apparaît, avec l’usage généralisé de l’intelligence artificielle (IA), comme inférent*: un signal + une inférence (par graphe de connaissance) + un contexte émergent = un article.


Prenons un exemple pour bien comprendre cette transformation de la logique sous-jacente. Ainsi à la question de la cause probable de la fin de la guerre Ukraine-Russie: le raisonnement déductif soutiendrait que la logique du plus grand nombre (fait) gagne statistiquement les guerres. Du coup, la Russie serait vainqueur tandis que l’inférence regarderait plutôt une logique de lien comme celle de la pénurie de soldats en notant que les difficultés actuelles de recrutement des deux belligérants (signal) trahiraient l’épuisement. La guerre devrait s’arrêter toute seule sans véritable vainqueur. On est dans deux univers de réflexions différents, presque opposés.

Le journalisme de demain ne sera pas jugé sur la qualité de son information, mais sur la qualité de ce qu’il infère

Xavier Comtesse


Dans un certain sens, le journalisme «inférentiel» exige un travail intellectuel différent et pas moins rigoureux. Seule la logique change, car il s’agit désormais de montrer les prémisses et les signaux et surtout les liens qui les relient, mais aussi nommer les incertitudes, tracer l’itinéraire du raisonnement et ne pas conclure en oracle, mais raisonner ouvertement en énonçant les hypothèses.


Pour les journalistes, leur métier devient celui de penseur professionnel. Pour les lecteurs, ils seront proactifs, car ils ne pourront plus se contenter de recevoir et devront évaluer le raisonnement.


Pour les organisations (entreprises, Etats, etc.), elles perdent le contrôle du récit factuel, mais gagnent celui de l’inférence. Le paradigme a basculé. L’information était une photographie. L’inférence est une carte, un graphe. Une photographie documente où vous étiez. Une carte vous dit où vous pourriez aller, à condition de savoir lire celle-ci bien sûr.


Le journalisme de demain ne sera pas jugé sur la qualité de son information, mais sur la qualité de ce qu’il infère. C’est un changement extraordinaire qui n’arrive au mieux qu’une fois par siècle. Et si vous attendiez à ce que je vous dise, là à l’instant, lequel des deux modèles de journalisme l’emportera, à vous, lecteur, de saisir en une fraction de seconde, ce que l’inférence vous apportera. Elle ne va pas vous rassurer, mais elle va vous obliger à penser…


* l’inférence est un processus permettant de passer de signaux d’information à une conclusion nouvelle, émergente tandis que la déduction garantit la véracité de la conclusion si les faits étaient vrais.


Par Xavier Comtesse

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