Le Siams 2026, un hapax industriel
- Xavier Comtesse

- 27 avr.
- 3 min de lecture
Dans une petite ville jurassienne, un salon prouve que précision, confiance et savoir-faire restent des forces d’attraction intactes. Par Xavier Comtesse
Un article disponible dans l'AGEFI : https://agefi.com/actualites/opinions/le-siams-2026-un-hapax-industriel
Moutier, la semaine dernière. Il y a des salons qui vous impressionnent par leur gigantisme. Il y en a d’autres qui vous saisissent autrement par leur densité, leur chaleur, leur étrange conviction que le monde tourne rond même quand tout dit le contraire. Le salon de la chaîne de production des microtechniques (Siams) est de ceux-là.
Le canton du Jura vient tout juste d’absorber cette ville ouvrière après des décennies de querelle bernoise et la cicatrice institutionnelle est encore fraîche. Mais dans les Halles 1.1, 1.2, etc. du parc d’exposition, on s’en fiche royalement. Ce qui règne ici, c’est autre chose: l’odeur de métal froid et de café, le vrombissement sourd des machines high-tech en démonstration et surtout ce bruit de fond continu, indistinct, joyeux – celui de plusieurs milliers de personnes qui parlent de précision au dixième de micron avec la passion qu’on met ailleurs à parler de football.
Bondé, serré, vivant
Dès l’entrée, ça comprime. Les allées sont étroites, conçues pour un autre temps industriel et la foule les remplit jusqu’aux bords. On se frôle, on se faufile entre deux stands, on slalome entre un groupe de visiteurs allemands, un humanoïde de Humard Automation et un ingénieur japonais qui photographie tout à grande vitesse avec l’intensité d’un alpiniste atteignant un sommet. Les exposants, tels Louis Bellet, ont renouvelé leurs stands avec goût, ici le mètre carré est une ressource rare.
C’est précisément cela qui crée la magie. Dans un grand salon de Hanovre ou de Shanghai, on marche des kilomètres dans le vide entre deux îlots d’acier poli. Ici, tout est compact, immédiat, presque organique. On ne «visite» pas ce hapax, on le «vit».
Les exposants, heureux de leur sort
Ce qui frappe peut-être plus encore que la densité, c’est l’état d’esprit des exposants. Pas la politesse commerciale habituelle des salons, ce sourire de façade qui s’éteint dès que vous tournez le dos. Non. Ici, les gens sur les stands ont l’air authentiquement contents d’être là. Fiers, même.
C’est le Siams dans sa nature profonde: un salon fait par des gens de métier pour des gens de métier. Pas pour des investisseurs, pas pour des journalistes, pas pour des influenceurs. Pour ceux qui ne tolèrent pas l’approximation comme les secteurs du médical, de l’horlogerie, de l’aéronautique et de l’armement.
Moutier, capitale mondiale pendant quatre jours
Alors voilà la question qui flotte dans l’air, réelle et presque impolie à formuler: comment un salon qui tient dans quelques halles d’une ville de 6000 habitants, dans un pays au franc stratosphérique, résiste-t-il? Comment des exportateurs qui vendent des machines deux fois plus chères que leurs concurrents asiatiques affichent-ils cet optimisme tranquille, presque insolent?
La réponse tient en une phrase qu’on entend sous vingt formes différentes dans les allées bondées du Siams: «Nos clients ne nous achètent pas une machine, ils nous achètent une certitude.» La certitude du travail bien fait et que le service suivra.
La fiabilité suisse
Dans un monde où tout vacille comme les guerres, les chaînes d’approvisionnement, les géopolitiques, les monnaies, la «fiabilité» suisse est devenue, paradoxalement, une valeur refuge. Pas malgré le franc fort, mais grâce à lui, presque.
Et ça, les allées du Siams le crient en silence, à chaque démonstration, à chaque poignée de main entre vieux complices de l’usinage fin: l’industrie suisse n’est pas en survie, elle est en confiance. Les entrées de commandes semblent être au rendez-vous, d’où qu’elles viennent…
Par Xavier Comtesse


