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Ce que cache l’affrontement spectaculaire entre Elon Musk et Sam Altman

Nous assistons à une sorte de «guerre des boutons» des géants de l’intelligence artificielle. Par Xavier Comtesse et Pascal Eichenberger



La robotique a longtemps été le terrain de chasse de Elon Musk et l’entrée de Sam Altman dans cet espace pourrait l’avoir contrarié voire fortement irrité.

Ils ont commencé par tirer à la même corde des partisans enthousiastes de l’aventure IA, aujourd’hui ils vont se déchirer devant un tribunal. Que faut-il comprendre de cette mise en scène?


Le jeudi 29 février, Elon Musk a déposé une plainte contre OpenAI de Sam Altman pour s’être écartée de sa mission initiale et être devenue de facto, une filiale de la société d’investissement Microsoft. Créatrice de ChatGPT, OpenAI est la compagnie la plus influente au monde dans le domaine des «agents conversationnels». Autrefois structurée comme une organisation à but non lucrative, elle a été remplacée depuis quelques années par une entreprise motivée par le profit et sous l’influence de Microsoft. Cette dernière a des accords de commercialisation privilégiés et siège désormais au conseil d’administration avec une position d’observateur.


Pourquoi en arriver là?


OpenAI a fait tout récemment un partenariat avec l’entreprise de robotique «Figure AI» dont le dernier robot humanoïde (Figure-01) est similaire à l’Optimus-Gen 2 d'Elon Musk! Sam Altman vise à améliorer les capacités robotiques en matière de traitement et de raisonnement à partir du langage. Mais voilà, la robotique a longtemps été le terrain de chasse d'Elon Musk et l’entrée de Sam Altman dans cet espace pourrait l’avoir contrarié voire fortement irrité. D’où la plainte? En tout cas la coïncidence temporelle de ces deux actes est flagrante.


Que dit la plainte?


Dans sa première section, la plainte indique, sur la base des informations publiques, qu’OpenAI aurait travaillé sur un projet Q* (prononcé Q-Star) qui est un système algorithmique capable de résoudre des problèmes de mathématique avancés. Avec Q*, OpenAI se rapproche probablement de plus en plus de l’AGI (Artificial General Intelligence). La plainte s’appuie ainsi largement sur un document conséquent de Microsoft, le principal partenaire d’OpenAI. L’article, intitulé «Sparks of A.G.I.», rédigé par des chercheurs et des dirigeants de Microsoft, a mis en évidence les capacités AGI perçues du système GPT-4 d’OpenAI.


La seconde section de la plainte concerne plus le développement commercial d’Open AI qui s’éloigne de sa mission initiale plus altruiste. La plainte découle ainsi d’un accord conclu en 2015 lorsque Sam Altman et le cofondateur d’OpenAI, Greg Brockman, ont approché Elon Musk pour former un laboratoire à but non lucratif axé sur le développement de l’IA pour le plus grand bien de tous.


Pour illustrer ce point, Elon Musk aurait déclaré: «Ce serait comme si vous financiez une organisation pour sauver la forêt amazonienne et, à la place, ils sont devenus une entreprise forestière et ont abattu la forêt et vendu le tout pour de l’argent.» Ancien membre fondateur de l’entreprise, Elon Musk a investi 50 millions de dollars dans OpenAI en 2014, mais il l’a quitté en 2018, déjà en désaccord avec la direction.


Quel est le véritable enjeu?


L’enjeu tient tout simplement dans le pouvoir absolu que donnerait l’AGI à son propriétaire. Passer par les tribunaux pour obtenir des informations sur les algorithmes de Q* paraît illusoire pour les entrepreneurs européens… mais légiférer sur les data, comme le font les fonctionnaires de l’Union européenne, paraît inutile aux yeux des Gafam… On est vraiment dans deux mondes parallèles!


Par Xavier Comtesse et Pascal Eichenberger


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