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Voyage au bout de la révolution industrielle

Foire de Hanovre, Allemagne 2016



Une délégation de plus de cinquante entrepreneurs romands se sont rendus la semaine dernière en Allemagne à la découverte de l’industrie 4.0. Conduite par Florian Nemeti, directeur de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Neuchâtel, le groupe cherchait à mieux sentir cette révolution du numérique. Les visites de nombreux stands de la Foire de Hanovre (la plus grande du monde s’agissant d’industrie), ont permis de se rendre compte à quel point les data et processus, données et algorithmes, ont en quelque sorte pris les commandes de la production. Comme si l’homme avait perdu le combat du travail. Les robots et bots sont les ingrédients de la révolte. Ils ne travaillent pas seulement plus vite, mais plus sûrement et plus longtemps. L’ouvrier dans la production 4.0 semble absent, ou alors principalement au service des machines. C’est évidemment le plus saisissant. A ce niveau, la machine ne sert pas l’homme: c’est le contraire. C’est avec cette inversion des rôles qu’il faudrait vraiment définir la révolution 4.0. Dans le registre de l’insolite pour l'instant, peu d’usines fonctionnent encore de cette manière.‍


En attendant le futur... on peut déjà tirer trois leçons de Hanovre


D’abord l’industrie 4.0 est là et bien là... ce n’est pas un buzz... elle va s’installer dans le paysage pour toujours. Siemens, ABB, General Electric, etc. mais aussi les suisses comme Swatch (Sistem51) Novartis (Stein) ou encore Roche (Kaiseraugst) ont commencé à construire concrètement les briques numériques de l’usine du futur. Celle-ci sera high-tech, sophistiquée, flexible et précieuse. Ce n’est pas tout le monde qui sera capable de la produire!


Ensuite, ce sera un environnement de travail avec beaucoup moins de travailleurs mais beaucoup plus de numérique. Les ouvriers seront hautement spécialisés et devront être fidèles (le risque de turnover va devoir être maîtrisé)… car les enjeux de la production flexible, numérique et connectée sont tels qu’ils n’y aura pas mille lieux de fabrication. On va massivement relocaliser. Il en est peut être fini de la Chine ?


Enfin, l’industrie 4.0 va être capable de produire en très grande quantité. L’usine 4.0 pourra remplacer jusqu’à quatre anciennes fabriques. Ainsi son niveau de productivité va faire un bond par rapport à ce que l’on a connu. L’absence de l’homme peut l’expliquer en partie mais pas seulement, car la nouvelle génération de «robots» et de «bots» est plus intelligente, flexible et rapide que les générations précédentes. Les gains en productivité vont venir du travail des robots! On assiste donc à une véritable accélération de la production industrielle. On peut s’attendre à une guerre sans merci pour les lieux de production mais aussi à une surcapacité industrielle mondiale qui va faire des morts!


En effet, si l’on est capable de produire plus et plus vite alors il va falloir redimensionner un bon nombre de régions industrielles!‍Après ce voyage à Hanovre, je pense que l’Allemagne sortira vainqueur de ce combat et pourrait entraîner dans son sillage quelques pays européens dont la Suisse. Mais ni la Chine, ni les Etats-Unis n’ont pris la réelle mesure du changement. La Chine parce qu’elle continue à parier sur les différentiels des marchés monétaires, du travail, etc. alors qu’il s’agit désormais de «robots» et de «bots» qui font le travail (hardware et software) et que les Etats Unis ont tendance à trop miser sur le software. Leur stratégie consiste à croire que le software suffira à amener une position économique dominante (la sur-traitance).

Personnellement, je pense que seul celui qui offrira des solutions mixtes, à la fois hard et soft gagnera la guerre économique de la révolution numérique. Car ne l’oublions pas, dans une logique du “first take all” et il n’y a pas tellement de marge d’erreur possible. A Hanovre, la délégation suisse romande a pu noter la forte présence des entreprises allemandes... et donc elle a rapidement pris les premiers contacts avec ces derniers pour simplement être dans le coup !‍‍ Xavier Comtesse

La fin du travail ?‍


La conférence sur le "futur du travail" à L'Ambassade suisse de Berlin du lundi 25 avril a eu lieu en présence de Madame l'Ambassadrice Christine Schraner Burgener et Monsieur Boris Zurcher, notre "ministre" du travail. Celle-ci a porté sur les risques d'une vague de délocalisation ou de licenciement par les entreprises suisses portée par le franc fort et la révolution industrielle 4.0. La question du travail est une question centrale pour les citoyens suisses et européens qui sont très inquiets face à l'avenir incertain de l'économie mondiale. La réponse sur l'avenir du travail n'est pas évidente. Ce qui est certain, c'est que les emplois de demain ne seront pas les mêmes qu'aujourd'hui. Un représentant du gouvernement allemand, Monsieur Peer-Oliver Villwock présent sur le podium parle même d'un changement profond. Il évoque le chiffre de 3% des travailleurs qui changeraient complètement d'orientation donc de métier chaque année. Ainsi en moins d'une génération, la moitié de la population active aura non seulement changé de patron mais de profession. inouï ! ‍Du jamais vu depuis près de deux cents ans et la dernière grande révolution industrielle européenne lorsque les paysans avaient massivement quitté les campagnes. Tout le système social avait alors basculé vers un nouvel ordre. On peut désormais s'attendre à une même mutation du système. La formation, notamment continue, va être mise terriblement sous pression. La révolution numérique va précipiter les  réformes. Par rapport à la discussion actuelle en Suisse allemande sur les langues à l'école, cette offensive paraît plus importante. L'enjeu est tellement crucial que même Barak Obama en a parlé lors de l' ouverture (au côté de la Chancelière Madame Merkel) de la plus grande "Messe" industrielle du monde. Son discours a par ailleurs rappelé que les Etats-Unis sont les leaders de la révolution du numérique (surtout en ce qui concerne le software) et qu'ils veulent le rester. Est-ce que cette déclaration va suffire lorsque l'on sait que du côté industriel (hardware), les allemands sont les meilleurs. Par exemple, Google est un géant finalement fragile puisque ses revenus proviennent pour 90% de la publicité. Alors que Siemens paraît mieux armé pour la guerre industrielle avenir. Cet affrontement va atteindre un nouveau paradigme car qui du software ou du hardware va dominer le monde? Devinez! Du côté suisse, c'est aussi franchement très tendu... on est en retard à peu près sur tout: sur le software et le hardware... alors que nos usines sont souvent plus modernes que celles de nos concurrents allemands et américains... Et c'est là finalement l'enjeu de la révolution numérique: ni l'innovation, ni l'emploi sont les "marqueurs" de demain...mais l'usine! En effet, la nouvelle production industrielle sera le véritable champ de bataille pour les entreprises performantes car c'est de là que proviendra à l'avenir ... la "valeur" et la "productivité" ... donc les richesses.‍


Hanovre et sa leçon magistrale


La grande Messe industrielle de Hanovre a dévoilé les contours de l'usine du futur. Entièrement digitale, celle-ci sera davantage dirigée par les données, notamment celles des consommateurs comme les Big Data et les algorithmes, à savoir les processus de fabrication flexibles et rapides, que par l'homme. Tour d'horizon en termes de leçons d'avenir à retenir absolument. Nous avons sélectionné ici dix points essentiels pour bien marquer les esprits sur le développement de la nouvelle révolution industrielle afin de comprendre les enjeux mais aussi de donner une marche à suivre pour l'implémentation de l'usine du futur.‍


  1. Au début, il y a la donnée. C'est en quelque sorte la pierre angulaire de l'édifice numérique. Tout tourne autour d'elle. Du consommateur à l'innovation, de la chaîne de production à la logistique, la donnée est numérisée et le reste tout le long des processus de fabrication!  La donnée sera traitée comme une partie virtuelle jumelée au produit et sera même le produit dans la chaîne des processus numériques.

  2. La première conséquence sera que l'usine numérique débarrassée en quelque sorte du passage obligé de l'humain, pourra fonctionner à des rythmes beaucoup plus élevés. La productivité globale va faire un bond en avant.

  3. La seconde conséquence sera que le consommateur aura une ligne directe avec les usines via ses données et/ou l'internet des objets. Plus d'intermédiaires pour prendre des marges. Tout sera direct!

  4. La troisième, c'est que le concept de formation devra évoluer vers l'idée de formation permanente. On va être toujours en formation. Ainsi seuls les MOOC (Massive Open Online Course) pourront répondre à cette nouvelle contrainte.

  5. Dans le tout numérique, tous les contrats seront forcément numériques donc de type blockchain!

  6. Les modèles économiques industriels vont être bouleversés car, si les intermédiaires tendent à disparaître, alors le lien direct établi entre l'usine et le consommation apportera de nouveaux modèles d'affaires basés sur une relation durable de type abonnement.

  7. Les relations entre les entreprises, comme par exemple dans le cas de la sous-traitance, vont évoluer vers une nouvelle dynamique. Le concept clé à comprendre est celui de sur-traitance. Quelques entreprises seulement seront capables d'offrir des plateformes produits (sur-traitant). Les autres entreprises devront se "plugger" en dessous. C'est ce qu'offre aujourd'hui Apple Store et Android pour les "apps" de nos téléphones mobiles.

  8. Le choc des transitions! Transition énergétique et transition démographique vont percuter avec celle de l'industrie 4.0. De nouveaux modèles sociaux devront être inventés !

  9. L'usine du futur sera en réseau et donc déterritorialisée. C'est la fin des clusters industriels comme dans l'horlogerie.

  10. Enfin comme lors des premières révolutions industrielles, tout le monde ou presque va devoir changer de métier! Pas seulement d'employeurs mais véritablement de métiers et ceci plusieurs fois dans sa vie active!

Cette quatrième révolution industrielle va à coup sûr nous entraîner dans le changement dorénavant permanent.

par Xavier Comtesse pour le groupe de réflexion Manufacture Thinking



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