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En visite chez Watson, l'ordinateur intelligent d'IBM

Munich, Allemagne IBM, WATSON 2018



A Munich, IBM continue à cultiver son intelligence artificielle pour l’internet des objets, nommée Watson. Des Neuchâtelois sont allés à sa rencontre pour savoir s’il pouvait servir l’industrie. Verdict nuancé. Partir à la découverte des technologies et des acteurs qui façonnent la quatrième révolution industrielle : big data, internet des objets, intelligence artificielle. C’est l’objectif du think tank Manufacture thinking. Les technos ont déboulé dans la vie des consommateurs sous la forme de téléphones portables et de réseaux sociaux. Désormais, elles transforment aussi l’industrie. Depuis 2015, la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie réunit tous les mois un groupe de responsables d’entreprises, institutions de formation et administrations neuchâteloises. Ils réfléchissent à l’avenir numérique de l’économie de l’Arc jurassien. Avec le soutien du Seco, financé par la nouvelle politique régionale et la Loterie romande, le groupe s’élargit à des membres vaudois, valaisans, genevois et fribourgeois. Il s’est déjà rendu à Tokyo, Hanover, Paris et Shanghai. Du 23 au 25 avril, le groupe s’est rendu au siège d’IBM à Munich, qui abrite le Watson IoT Center, dévolu aux applications du fameux ordinateur intelligent de la firme américaine. ‍


De l’internet des objets à l’intelligence artificielle‍

Neuchâtel, décembre 2017 : un soir de gel, la voiture d’un journaliste d’ArcInfo de retour de reportage glisse sur une plaque de verglas sur l’autoroute aux Hauts-Geneveys. Immédiatement, une voix s’adresse au chauffeur pour lui demander s’il est blessé. Il ne l’est pas. Les secours sont avisés par la voix. Alors qu’ils sont en chemin, l’interlocutrice mystérieuse, mais non moins réelle, s’enquiert régulièrement du ressenti de l’accidenté. Il va bien, mais veut sortir de son véhicule en raison d’une odeur de brûlé. «Votre voiture n’est pas en train de brûler. Ce sont les airbags qui sont responsables de cette odeur, et ce n’est pas dangereux », affirme la voix.Heureux de s’être sorti sans mal de l’aventure, le conducteur s’étonne que les services de sa marque préférée puissent tout savoir de ce qui se passe dans sa voiture et s’adresser spontanément à lui. Une caractéristique pourtant de plus en plus commune pour les objets : ils sont bardés d’électronique et de dispositifs de communication. Les données qu’ils transmettent sont un ingrédient essentiel de l’intelligence artificielle.Pour comprendre les enjeux de cette technologie, il faut se rendre à Munich, en Allemagne. Non pas au siège de l’un des constructeurs automobiles qui s’y trouve, mais au Watson IoT Center d’IBM.


La firme informatique américaine a installé au cœur de l’Europe industrielle son centre dédié aux technologies de l’internet des objets. BMW, Airbus ou Boeing font partie de ses clients.  Partir pour Munich, c’est donc ce qu’ont fait une vingtaine de responsables d’entreprises neuchâtelois et romands qui sont aux prises avec la quatrième révolution industrielle : l’informaticien Uditis, la HE-Arc ingénierie, la promotion économique neuchâteloise, les Services industriels genevois ou encore Vaucher manufacture Fleurier sont du voyage. Ils explorent le futur de cette quatrième révolution industrielle, dont l’internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle (IA) sont des caractéristiques essentielles.‍


Face à l'industrie 4.0‍

Sherry Thomas accueille nos voyageurs du futur. Responsable du site, elle règne sur deux tours de 30 étages à la périphérie de la capitale bavaroise. Première étape de la visite: le moteur démonté d’une berline. Il compte 800 capteurs et le véhicule pour lequel il est conçu envoie ses données d’utilisation au constructeur grâce au réseau téléphonique. Si le géant américain IBM est venu à Munich en 2013, c’est, selon Sherry Thomas, « pour son environnement industriel », automobile comprise, donc. Car même dans l’internet des objets, le travail à distance ne fait pas tout. C’est ce qui impressionne d’emblée les Neuchâtelois: les tours de Watson sont l’équivalent industriel d’une auberge espagnole.


Watson, l’ordinateur connu pour avoir battu les plus tenaces joueurs de Jeopardy à la télévision américaine, n’est rien sans la myriade d’entreprises qui en font usage. IBM ouvre donc ses bureaux à certaines d’entre elles. Marques automobiles, concepteurs de programmes médicaux ou fournisseurs de services financiers s’y retrouvent pour façonner l’avenir de leurs domaines. Un fonctionnement en «écosystèmes» dans lequel la firme réserve un laboratoire aux technologies pour la maison, un autre à la santé, à la manufacture ou aux moyens de reconnaissance du langage. Que l’on vienne de l’horlogerie ou du monde hospitalier, en Suisse, le partage de connaissances entre entreprises d’un même écosystème étonne.‍


La Suisse en retard ?

Pour Raymond Loretan, président de Swiss medical network, le groupe de cliniques privées notamment actif à Neuchâtel, le problème des données, et de la protection importante dont elles font l’objet en Suisse, est central :

« C’est l’addition de toutes les données que nous possédons sur les maladies des patients qui est centrale dans l’intelligence artificielle en matière de santé. En limitant les possibilités de les utiliser, la Suisse prend du retard », indique-t-il.

De fait, la forme que doit prendre le dossier électronique du patient, appelé de ses vœux par le Parlement, ne fait pas consensus. « Nous finirons par adopter le dossier Apple, si aucune solution n’émerge. Or, la Suisse n’aurait plus la maîtrise de ses données », craint Xavier Comtesse, organisateur du voyage et auteur d’ouvrages consacrés aux nouvelles technologies.


Dans l’industrie, l’échange pose pareillement problème : « Beaucoup de machines récoltent des informations utiles, mais les industriels refusent de les laisser sortir », regrette Philippe Grize, responsable du domaine ingénierie à la HE-Arc. Watson se nourrit de quantités énormes de données, et les recettes qu’il leur applique font souvent figure de « boîte noire ». En sortant de la visite, les industriels sont plusieurs à questionner les possibilités, dans de telles conditions, que des entreprises malveillantes puissent influencer les réponses des ordinateurs en les nourrissant avec des données orientées. De même, les modes de travail seront bouleversés dans bien des domaines. S’il est certain que l’intelligence augmentée pourrait créer de nouveaux emplois, elle risque également d’en détruire un certain nombre.‍


De quoi l’intelligence augmentée est-elle vraiment capable ?

L’intelligence artificielle consiste à ce qu’une machine soit capable de générer ses propres raisonnements. Cependant la réunion, sur des serveurs informatiques, de bases de données et leur utilisation par des algorithmes puissants, ne fait pas de l’ordinateur l’équivalent du cerveau. Mais les applications des capacités actuelles de Watson restent ébouriffantes : ‍


  • Santé

Watson Health, une des applications les plus avancées de la machine, s’est montré capable de parcourir et d’analyser 3’469 manuels, 247’460 articles médicaux, 6’540 rapports d’essais cliniques et 106’054 autres documents médicaux en 17 secondes. Selon un document projeté devant les visiteurs par un chercheur d’IBM, cette capacité d’analyse est rendue possible par quelque 400 inventions brevetées. Watson health a généré 2’500 autres brevets et 40 publications scientifiques dans le domaine de la santé. Sa première utilisation réelle date de 2013 dans un centre new-yorkais de traitement du cancer du poumon.‍


  • Métallurgie

Chef Watson utilise 10’000 recettes de cuisine pour prévoir les goûts de différentes associations d’ingrédients et suggérer des recettes. Certains espèrent des solutions industrielles utilisant les mêmes types de procédés, par exemple, dans le domaine de la métallurgie : Watson est capable d’apprendre à prévoir les caractéristiques physiques d’un mélange de métaux pour obtenir virtuellement de nouveaux alliages. Tester uniquement les recettes dont on espère certaines caractéristiques de dureté ou de résistance permettrait d’éviter de longues et coûteuses recherches.‍


  • Logistique

Watson est en train de créer un jumeau numérique du port de Rotterdam. Il doit permettre d’aider à gérer le flux de bateaux et de marchandises.


  • Mobilité

Watson permet à la compagnie d’ascenseurs et tapis roulants Kone d’analyser le trafic afin de conseiller ses clients sur la manière de les utiliser.


  • IoT

La miniaturisation de l’électronique permet d’équiper n’importe quel objet inerte de capteurs et de modules de communication à distance. Ainsi connectés à internet, les objets peuvent transmettre des informations formant ainsi l’internet des objets.


  • Big Data

Localisation, mouvement, caractéristiques physiques ou chimiques: les informations transmises par les objets connectés, réunies et associées à d’autres éléments numériques comme des articles, images, vidéos, sons, regroupés dans des bases de données, forment le big data, la matière première alimentant les applications informatiques.


  • Algorithme

Suite d’opérations et d’instructions plus ou moins complexes appliquées, généralement à des données informatiques, permettant de résoudre un problème ou d’obtenir un résultat.‍


  • Intelligence Artificielle / Augmentée

Basée sur des concepts posés il y a plusieurs décennies, l’intelligence artificielle se développe récemment en raison de la vitesse de calcul des ordinateurs et de la masse de données qu’ils sont capables d’acquérir et stocker. Cependant, bien loin de pouvoir tenir ses raisonnements propres, l’ordinateur est encore dépourvu d’intelligence propre. Dans cette optique, il semble préférable de parler d’intelligence augmentée.‍


  • Machine Learning

L’apprentissage automatique ou machine learning, est rendu possible par des algorithmes qui permettent à l’ordinateur de prendre en compte des données analysées précédemment, présentes dans une base de données, pour analyser de nouvelles données ou en produire. Par exemple, évaluer la probabilité qu’un patient connaissant certains symptômes soit atteint d’une certaine maladie, en fonction des données provenant de dossiers de patients, de littérature scientifique et d’essais cliniques.‍


  • Jumeau Numérique

Modélisation informatique d’un dispositif ou d’une infrastructure. Les données livrées par les capteurs installés sur l’élément réel permettent la mise à jour en direct du modèle virtuel. Une technologie utilisée dans la maintenance ou la surveillance, par exemple.‍


par Luc-Olivier Erard, Arc Info pour le groupe de réflexion Manufacture Thinking

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