Une alternative à Palantir?
- Pascal Eichenberger

- 22 juin
- 3 min de lecture
Longtemps sans rival, l’entreprise américaine voit émerger des alternatives portées par l’exigence de souveraineté numérique. Reste à savoir qui peut réellement concurrencer sa technologie. Par Xavier Comtesse et Pascal Eichenberger
L’entreprise américaine Palantir est connue pour avoir introduit, depuis plus de dix ans, un nouveau système de gestion des données en utilisant l’ontologie*.
D’abord, elle a été mandatée par les agences du gouvernement américain comme la CIA ou la NSA, mais aussi par l’armée, puis par beaucoup d’autres Etats. Ensuite, JP Morgan et d’autres grandes sociétés ont fait appel à ses services. Son application Foundry est aujourd’hui largement adoptée par les plus grandes organisations mondiales. Un règne sans partage semblait inévitable.
Une annonce du gouvernement français le 16 juin dernier a relancé la controverse autour de Palantir. La Direction générale de la Sécurité intérieure, qui utilisait les logiciels de l’entreprise américaine depuis 2015, a annoncé qu’elle basculait vers un prestataire national, ChapsVision, qui utilisera la société française Mistral comme LLM afin de garantir la souveraineté des données.
La Suisse aussi a refusé à plusieurs reprises d’utiliser les services de Palantir, une évaluation militaire de 2024 pointant le risque d’accès aux données par les autorités américaines. La posture du canton de Zurich témoigne de la méfiance du pays face aux clouds étrangers concernant les données sensibles.
L’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark présentent des positions intermédiaires, comme un retrait militaire fédéral allemand, mais avec une persistance policière régionale, un désengagement progressif sur deux ans pour les Pays-Bas ou une recherche d’alternatives pour le Danemark.
Le Royaume-Uni reste le contre-exemple: plus de 900 millions de livres de contrats cumulés, malgré une pression croissante de la British Medical Association et un rapport parlementaire critique.
Trois motifs reviennent à chaque fois dans la discussion: le risque juridictionnel américain, la défense de la souveraineté numérique et l’enjeu éthique autour des usages migratoires et militaires de l’entreprise.
La force de Foundryet le paradoxe de l’adoption
L’avantage de Foundry est d’abord conceptuel: une architecture ontologique faite d’objets, de liens et d’actions. Cet avantage se lit aussi dans l’exécution de cette infrastructure. Ainsi, Palantir a livré en quelques mois une intégration fonctionnelle là où les intégrateurs traditionnels échouaient sur plusieurs années.
Trois mécanismes expliquent ce succès malgré le risque: l’urgence géopolitique perçue, qui défavorise les alternatives avec des jeunes start-up (donc moins testées), le lobbying par réseaux d’influence (recrutement d’anciens fonctionnaires, accès direct aux cabinets ministériels) et enfin le verrouillage par coût de switching (l’envoi de paquets de données d’un équipement à un autre au sein d’un réseau) une fois le système intégré aux flux opérationnels.
Un enjeu vital
Confier ses données les plus sensibles semble difficile à tout Etat ou entreprise, mais confier le secret de son «être profond» est quasiment impossible. Car l’ontologie n’est pas une amélioration de la gestion des données, c’est un dépassement profond de ce qu’est une donnée. C’est la révélation de son organisation, sa nature elle-même qui est mise à nu. C’est lire entre les lignes de celle-ci.
En effet, quand une instance publique ou privée utilisait des données pour gérer ses activités, par exemple une comptabilité ou mieux un ERP (Enterprise Resource Planning, système logiciel centralisant les processus opérationnels), on surfait sur «le quoi et le comment» de la gestion.
L’ontologie, pour sa part, s’attaque au «pourquoi». Avec elle, on donne du sens à toute chose. On change de dimension. On peut désormais résoudre des problèmes de tension, d’approvisionnement, mais aussi de compréhension. Jusqu’à aujourd’hui, on savait; désormais, on comprend.
* L’ontologie, en informatique, est la représentation de la connaissance via des graphes de connaissances structurés autour des relations et des fonctions.
Par Xavier Comtesse et Pascal Eichenberger


