«Retail Apocalypse» à New York
- Xavier Comtesse

- 16 mars
- 3 min de lecture
Les grandes enseignes du commerce enchaînent les restructurations, voire les faillites. Que se passe-t-il dans la métropole américaine? Par Xavier Comtesse
Un article disponible dans l'AGEFI :https://agefi.com/actualites/opinions/retail-apocalypse-a-new-york
New York, comme Paris ou Londres, est une ville de tourisme d’achat. Mais aujourd’hui c’est fini. La guerre en Iran a tout arrêté. Cela avait commencé bien avant, si bien que le secteur de la vente au détail («retail») aux Etats-Unis traverse une période de turbulence majeure, souvent appelée le «Retail Apocalypse». Pour preuve, entre 2025 et début 2026, plusieurs enseignes emblématiques ont déposé le bilan (chapitre 11 pour restructuration ou chapitre 7 pour liquidation).
Voici juste quelques noms marquants:
1. Saks Global (2026): la nouvelle entité regroupant Saks Fifth Avenue, Neiman Marcus et Bergdorf Goodman a déposé le bilan en janvier 2026, suite à des difficultés de financement après leur fusion.
2. J.C. Penney (2025): après des années de lutte, l’enseigne historique a de nouveau dû passer par la case restructuration fin 2025.
3. Forever 21 (2025): le géant de la «fast-fashion» a fini par fermer tous ses magasins physiques aux Etats-Unis en 2025, incapable de rivaliser avec les pure-players en ligne comme Shein ou Temu.
4. Rite Aid (2025): la troisième plus grande chaîne de pharmacies aux Etats-Unis a cessé ses activités en 2025 après un deuxième dépôt de bilan en deux ans, plombée par des dettes massives et des litiges juridiques.
Volumes en berne, valeurs en hausse
Pourquoi ces faillites? Trois facteurs principaux expliquent cette hécatombe. D’abord, suite à l’inflation, les ménages américains ont réduit leurs dépenses non-essentielles. Ensuite, la montée en puissance de l’e-commerce et la concurrence féroce des plateformes comme Amazon, Shein et Temu. Enfin, le coût de la dette: avec la hausse des taux d’intérêt, les entreprises déjà fragiles n’ont plus pu refinancer leurs dettes.
Oui, les prix ont grimpé aux Etats-Unis (l’inflation est autour de 2,4% en février) et les volumes stagnent ou baissent selon les secteurs. Si vous regardez les chiffres bruts («nominal sales»), le retail semble en pleine forme. Cependant, cette hausse est largement portée par l’inflation résiduelle et l’impact des nouveaux tarifs douaniers appliqués en 2025.
Quelques chiffres pour bien comprendre
Les ventes sont en légère hausse d’environ 3,2% sur un an (janvier 2026 par rapport à janvier 2025) et la croissance des volumes est beaucoup plus faible, oscillant entre 0,2% et 1,4% selon les mois. Dans certains secteurs comme l’électronique ou l’ameublement, les volumes sont même en contraction.
L’inflation globale s’est stabilisée début 2026, mais certains produits de consommation courante (épicerie, hygiène) affichent des hausses cumulées de plus de 30% par rapport à la période pré-Covid. Les analystes décrivent le consommateur américain de 2026 comme robuste mais fragile.
«Value-seeking»
On observe une économie en K avec une classe aisée qui continue de dépenser dans le luxe et les services et la classe moyenne et modeste qui pratique massivement le «trading down» (achat de marques lié à la grande distribution, passage des supermarchés vers les discounters comme Marshall ou TJ Maxx). Pour 2026, les nouveaux défis seront l’envolée des prix de l’énergie, essence en tête, et les nouveaux tarifs douaniers mais surtout la montée du taux des crédits à la consommation.
Le retail américain semble pour l’instant survivre grâce à la nécessité culturelle de la consommation américaine, mais ce dernier a changé. Il est devenu un expert de la chasse aux bons prix («value-seeking»). Il favorise le bon marché et délaisse le reste, notamment le luxe abordable.
Par Xavier Comtesse


