Les entreprises américaines face à l’IA
- Xavier Comtesse

- 23 mars
- 2 min de lecture
Troisième et dernière chronique new-yorkaise de Xavier Comtesse, consacrée à l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi. Par Xavier Comtesse & Gregory Daco
Un article disponible dans l'AGEFI :https://agefi.com/actualites/opinions/les-entreprises-americaines-face-a-lia
A New York, où je viens de passer trois semaines, j’ai rencontré Gregory Daco, chef économiste du cabinet de conseil EY Parthenon. Je lui ai posé trois questions pour comprendre autrement les transformations en cours dans les entreprises américaines avec l’adoption massive de l’intelligence artificielle (IA).
1. Les licenciements liés à l’IA vont-ils continuer? Le cas Block est-il isolé?
La transformation est réelle, mais elle se produit de manière progressive plutôt que brutale. Dans la plupart des entreprises, l’intelligence artificielle ne remplace pas immédiatement les salariés. Elle permet surtout d’augmenter la productivité des équipes existantes. Concrètement, cela se traduit souvent par un ralentissement des embauches, par le non-remplacement de certains départs ou par l’automatisation de tâches très routinières.
La croissance américaine récente s’est accompagnée d’une création d’emplois relativement faible, ce qui suggère que les entreprises produisent davantage avec moins de main-d’œuvre
L’économie américaine offre déjà un indice intéressant: la croissance récente s’est accompagnée d’une création d’emplois relativement faible, ce qui suggère que les entreprises produisent davantage avec moins de main-d’œuvre.
La tendance qui se dessine est assez claire: moins de fonctions opérationnelles répétitives et davantage de rôles hybrides où l’humain supervise, oriente et corrige des systèmes automatisés.
2. «One prompt, job done»: slogan marketing ou réalité?
Pour l’instant, il s’agit surtout d’un slogan marketing. Un prompt permet aujourd’hui de produire rapidement un brouillon, parfois impressionnant, mais rarement un résultat final prêt à être utilisé sans correction. L’intervention humaine reste indispensable pour vérifier, ajuster et contextualiser. Cependant, la trajectoire technologique est claire: l’IA réduit progressivement la distance entre l’intention et l’exécution.
A mesure que les systèmes intégreront mieux le contexte, les données internes des entreprises et les contraintes métiers, un simple prompt pourra déclencher des chaînes complètes de production.
Nous ne nous dirigeons donc pas vers un monde sans travail. Nous entrons plutôt dans un monde où le travail devient plus conceptuel: il consiste à formuler la demande, orienter la machine et valider le résultat. En pratique, la réalité sera probablement moins spectaculaire que le slogan: un prompt pour commencer et du jugement humain pour terminer.
3. Quel avenir pour les entreprises de «coding» quand tout le monde peut coder?
On ne va pas assister à la disparition du code. En revanche, on assiste probablement à la fin du code comme avantage compétitif.
Avec l’IA, écrire du code devient plus rapide, moins coûteux et de plus en plus automatisé. Des tâches qui demandaient autrefois des équipes d’ingénieurs – générer du code, tester, documenter ou corriger des erreurs – peuvent désormais être réalisées en grande partie par des agents logiciels. Le code tend donc à devenir une commodité.
Dans ce contexte, la valeur se déplace ailleurs. Elle se situe d’abord dans la donnée, car les entreprises qui disposent de bases de données riches et d’usages réels auront un avantage difficile à reproduire. Elle se situe aussi dans la compréhension du client et de ses processus.
Autrement dit, le code devient l’infrastructure. La vraie valeur se déplace vers l’usage, la donnée et la relation avec le client.
Par Xavier Comtesse


