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Les 90 ans du WIR ou comment penser la monnaie autrement

Le WIR existe depuis 90 ans. Les cryptomonnaies le remettront-elles en questions ? Par Xavier Comtesse



En 1932, la commune autrichienne de Wörgl met en place une monnaie locale nommée «bon de travail» conçue pour perdre chaque mois 1% de sa valeur. Ses détenteurs sont ainsi incités à l’utiliser au plus vite et à consommer le plus possible: cette expérience a pour but de lutter contre la thésaurisation dans le contexte de la Grande Dépression du début des années 1930.

Cette monnaie locale connaît un grand succès dans la région. La commune jusqu’alors fortement endettée retrouve prospérité et bien-être. L’Etat autrichien interdira cependant cette monnaie fin 1933 pour faire respecter l’unicité de la monnaie nationale, c’est la loi.


En Suisse, en 1934 un autre système de monnaie parallèle, le «bon-WIR» sera lancé par quelques patrons zurichois, également pour suppléer à l’insuffisance de liquidités et pour insuffler de la croissance économique aux membres privés du groupe détenteurs de «bons». Exactement 90 ans plus tard, cette monnaie circule, encore et toujours: le WIR!


A la base de ce concept, il y a l’économiste Silvio Gesell (1862-1930) qui s’établira durant plusieurs années en Suisse. L’idée étant que si une monnaie circule vite alors l’économie se porte mieux. En fait, si au cours d’une journée un même billet de banque sert à plusieurs achats alors vous avez un effet multiplicatif que vous n’avez pas si l’argent dort quelque part. C’est évident. Si de plus vous êtes pénalisé (argent fondant) alors vous vous dépêchez d’acheter. Curieux! La monnaie WIR avait adopté ce principe d’argent fondant mais l’abandonnera dans les années 1940. Trop stressant.


Revenons au WIR dont le nom signifie «nous». Elle est la seule monnaie parallèle locale qui au niveau mondial a duré si longtemps: 90 ans. C’est énorme.


Comment expliquer cette longévité?


La plupart des monnaies locales, en Suisse et à l’étranger, ont eu de courtes existences à l’instar du «farinet» valaisan (2017-2019). De plus, elles ont rarement réussi à créer de la richesse locale. Par exemple le «léman» n’a aucun effet sur l’économie de la métropole lémanique. Font exception l’exemple autrichien de Wörgl des années 1930 et, bien sûr, le WIR.

L’explication pour le succès du WIR tient (1) dans l’écosystème créé autour de lui, (2) dans la conversion garantie et paritaire avec le franc suisse et (3) le fort lien culturel et social des entrepreneurs suisses allemands. En effet, ceux-ci se retrouvent majoritairement dans la construction et des sous-traitants de ces derniers, l’écosystème est cohérent et solidaire.

Par ailleurs, le WIR ne semble pas pouvoir s’étendre au-delà de la Suisse allemande, tant son essence est territoriale.


Quelles leçons tirer pour les cryptomonnaies?


Les cryptomonnaies ont la particularité d’être non gouvernementales (elles sont presque toutes nées d’initiatives privées) et régulées par des émissions périodiques mais parcimonieuses afin de garantir liquidité et rareté. Ce sont donc bien des monnaies «libres» au sens de Silvio Gesell. Cependant, elles n’ont pas fonction d’être des accélérateurs de la croissance économie mais plutôt de servir en quelque sorte de rentes de situation. Par leurs spécificités (notamment une rareté organisée) elles sont par nature spéculatives.


Dans une période qui favorise tant l’économie de rente*, il semble pertinent de mettre en évidence d’autres manières de penser la monnaie: le WIR en est une.


* Au sens courant, l’économie de rente est une économie dont les principaux revenus sont obtenus non par le travail mais par une situation (la rente foncière, la rente du capital ou encore la rente du pétrole comme pour les pays du Golfe)


Article publié dans l'AGEFI, par Xavier Comtesse

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