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Le déni de modernité, une histoire ancienne

20 juil.
2 min de lecture

On voit naître une grande résistance à l’adoption de l’intelligence artificielle. Ce phénomène est lié à un certain refus historique de la modernité. Par Xavier Comtesse



L’intelligence artificielle (IA) est en train de devenir le nouveau terrain de la résistance au progrès. Les débats portent sur la faillibilité de l’IA, ses conséquences sur l’emploi, sa dépendance à l’étranger ou encore la souveraineté des données. Derrière ces discussions se cache parfois un phénomène plus ancien: le refus de la modernité.


L’histoire économique est jalonnée de ces résistances. Les métiers à tisser mécaniques furent sabotés par les Luddites au XIXᵉ siècle. Les premières locomotives étaient accusées de mettre en danger la santé publique. Plus récemment, l’informatique devait supprimer davantage d’emplois qu’elle n’en créerait, tandis qu’internet était présenté comme une menace pour le commerce traditionnel. Pourtant, chaque révolution technologique a fini par accroître la productivité, transformer les modèles d’affaires et créer de nouvelles activités.

Pour un entrepreneur, l’enjeu principal de l’adoption de l’IA réside dans les gains en productivité

L’IA ne fait pas exception. Elle constitue moins une évolution qu’une infrastructure de la prochaine économie. Les entreprises qui sauront l’intégrer amélioreront leur productivité, accéléreront leurs processus de décision et développeront des services jusqu’alors impossibles. Les autres risquent de voir leur compétitivité s’éroder progressivement.


Un cas d’école inouï


Le canton des Grisons a une histoire très particulière avec l’automobile. Dès 1900, son gouvernement interdit la circulation de toutes les voitures individuelles sur l’ensemble de ses routes. Les autorités évoquèrent que les routes de montagne étaient étroites, sinueuses et principalement empruntées par des calèches, des piétons et du bétail. Les voitures effrayaient les chevaux et créaient des accidents.


A l’époque, on craignait que le bruit et la poussière des moteurs ne fassent fuir les riches touristes venus chercher le calme et l’air pur des Alpes. Le canton venait aussi d’investir massivement dans le réseau des Chemins de fer rhétiques et souhaitait le rentabiliser.

Les citoyens des Grisons refusèrent à dix reprises par votation populaire de lever cette interdiction. Ce n’est qu’en juin 1925 que tout rentra dans l’ordre. Un quart de siècle plus tard.


Qui veut attendre un quart de siècle?


De nos jours, les choses se sont tellement accélérées qu’il est évidemment impensable d’attendre si longtemps. Cependant, le niveau effréné des annonces de nouveautés dans l’IA est tel qu’il est difficile de croire à une technologie ayant atteint une maturité commerciale exploitable. Il n’est pas raisonnable par exemple pour une entreprise de changer de LLM (grand modèle de langage) tous les trois mois, même tous les six mois, pour simplement avoir le produit le plus performant. Ne confondons pas vitesse et précipitation.


Pour un entrepreneur, l’enjeu principal de l’adoption de l’IA réside dans les gains en productivité. C’est un objectif simple et clair. Et donc l’équation se réduit à appliquer la règle suivante: «Si des gains en productivité sont prouvés, alors allons-y sans tarder.»


L’histoire économique est sans concession: les vainqueurs ne sont jamais ceux qui avaient le mieux identifié les risques, mais ceux qui ont su à temps les transformer en avantage concurrentiel.


Par Xavier Comtesse

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