La Suisse est-elle vraiment un pays riche ?
- Philippe Labouchère
- 26 janv.
- 3 min de lecture
La Suisse face à ses clichés (1/6). Premier volet de notre série de six épisodes consacrée aux grands traits que l’on prête à la Confédération helvétique. Par Xavier Comtesse et Philippe Labouchère
Un article disponible dans l'AGEFI : https://agefi.com/actualites/opinions/la-suisse-face-a-ses-cliches-est-ce-vraiment-un-pays-riche
La Suisse se retrouve souvent empruntée par une représentation réductrice et stéréotypée d’elle-même. Cette posture influence ses comportements dans les relations internationales, économiques ou sociales. On en dénote un certain nombre comme: «un pays riche», «les trains partent à l’heure», «tout est propre en ordre», «agir aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire», «une neutralité active» et «une souveraineté numérique», etc.
Nous vous proposons de déconstruire ces préjugés dans une série de six chroniques afin de mieux saisir notre nouvelle réalité. La première se pose la question suivante: la Suisse est-elle un pays riche?
Depuis le tournant du siècle, les déboires de Swissair et de Credit Suisse ont ébranlé l’image de la réussite économique du pays. Le choc du Covid et les tarifs douaniers de Donald Trump ont été suivis par une augmentation du nombre de faillites, en 2025 notamment. On voit bien que quelque chose a changé.
Déconstruire cette idée de richesse nous oblige à distinguer la richesse macroéconomique de la richesse réelle des ménages. Si, sur le papier, la Suisse affiche des chiffres insolents, la réalité quotidienne est plus nuancée. Voici les trois piliers pour comprendre cette nouvelle réalité.
La richesse statistique versus le coût de la vie
La Suisse possède l’un des produits intérieurs bruts (PIB) par habitant le plus élevé au monde (dans les cinq premiers). Cependant, ce chiffre est «artificiellement» gonflé par la valeur ajoutée de secteurs très spécifiques (pharma, négoce de matières premières, chimie).
Le pouvoir d’achat est relatif: un salaire de 6000 francs (environ 6400 euros) peut sembler colossal ailleurs. En Suisse, c’est un salaire moyen, voire modeste dans certaines villes. Une fois les déductions du loyer (très élevé), l’assurance maladie (obligatoire et privée, environ 350-600 francs/mois) et l’alimentation faites, le revenu disponible n’est pas forcément supérieur à celui d’un cadre moyen dans un pays voisin. L’indice Big Mac l’atteste: la Suisse domine souvent cet indice, ce qui montre que la monnaie est forte, mais que le coût des services locaux est disproportionné.
Une fortune privée importante, mais très concentrée
On dit souvent que les Suisses sont les plus riches du monde en matière de patrimoine par adulte. C’est vrai en moyenne, mais faux en général.
La richesse est extrêmement concentrée. Une minorité de grandes fortunes (souvent des résidents étrangers attirés par la fiscalité) tire la moyenne vers le haut. Contrairement à la France ou l’Espagne, la Suisse a l’un des taux de propriétaires les plus bas d’Europe (environ 36%). La «richesse» immobilière appartient donc majoritairement à des fonds de pension, des assurances ou à de très grandes fortunes, tandis que la classe moyenne paie des loyers toute sa vie.
La notion de «précarité invisible»
Dans un pays aussi propre et ordonné, la pauvreté ne se voit pas, mais elle existe. On l’appelle souvent la pauvreté des «working poor». Environ 700.000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté en Suisse. Ce sont des gens qui travaillent mais dont le revenu ne suffit pas à couvrir les besoins de base (loyer, santé, électricité) sans aide. Il est très difficile d’être pauvre en Suisse. Le coût de la vie ne laisse aucune marge d’erreur. Un imprévu (facture de dentiste, réparation de voiture) peut faire basculer un ménage dans le surendettement très rapidement (environ 5-6% de la population adulte).
Par Xavier Comtesse et Philippe Labouchère


