Dimanche, nous votons sur un faux problème
- Philippe Labouchère
- 8 juin
- 2 min de lecture
Ce qui nous menace, c’est la décroissance démographique ! Par Xavier Comtesse & Philippe Labouchère
Un article disponible dans l'AGEFI : https://agefi.com/actualites/opinions/dimanche-nous-votons-sur-un-faux-probleme
Les données de l’Office fédéral de la statistique (OFS) sont formelles: sans l’immigration, la structure démographique et l’économie suisses feraient face à un choc majeur de contraction de la population, dont le vieillissement constituerait le principal corollaire.
Voici comment se traduit concrètement cette réalité:
1. La population suisse a franchi le cap des 9 millions d’habitants fin 2024. Pourtant, cette augmentation n’est pas due à la natalité, qui est en baisse constante (l’indice de fécondité stagne autour de 1,3 à 1,4 enfant par femme, bien en dessous du seuil de renouvellement de 2,1). C’est le solde migratoire qui compense ce déficit et maintient la croissance de la population.
2. L’immigration agit comme un frein direct au vieillissement de la population. Les personnes qui immigrent en Suisse partagent des caractéristiques démographiques très marquées: l’âge moyen des personnes de nationalité étrangère en Suisse est d’environ 37 ans, contre 44,5 ans pour les personnes de nationalité suisse; environ 72% de la population étrangère en Suisse est active contre seulement 56% chez les Suisses; les étrangers ne comptent que 8% de retraités dans leurs rangs, alors que les seniors (65 ans et plus) représentent environ 20% de la population de nationalité suisse.
Ce déséquilibre des âges a un impact sur la consommation ainsi que sur l'équilibre de l’AVS. En effet, le premier pilier du système de retraite suisse repose sur un principe de répartition: ce sont les actifs d’aujourd’hui qui paient les rentes des retraités actuels.
Un cas réel: le Japon
Le Japon est le laboratoire mondial de ce phénomène de décroissance démographique: sa population baisse depuis 2008. Les principaux problèmes économiques qu’engendre un tel système, illustrés par le cas japonais, se présentent ainsi:
Pénurie de main-d’œuvre et baisse de production
Crise de financement de la protection sociale
Explosion de la dette publique
Déflation et baisse de la consommation domestique
La décote immobilière et faillite des infrastructures régionales
La baisse démographique ne se répartit pas uniformément: elle vide d’abord les campagnes (terre favorite de l’UDC en Suisse) et les petites villes au profit des mégapoles (comme Tokyo). Le phénomène des «akiya» (les maisons abandonnées) frappe durement le pays. On compte aujourd’hui plusieurs millions de logements vides qui ne trouvent plus preneurs, ce qui fait s'effondrer le marché immobilier local. De plus, maintenir des routes, des hôpitaux et des réseaux d’eau pour des villages qui se dépeuplent devient un gouffre financier pour les collectivités locales.
Comment réagissent les Japonais?
Le Japon refuse traditionnellement l’immigration (contrairement à la Suisse), ce qui l’oblige à chercher d’autres solutions qui servent aujourd’hui de modèles au reste du monde:
- L’automatisation et la robotique: utiliser des robots pour les soins aux personnes âgées, la réception des hôtels ou l’agriculture.
L’allongement de la vie active: il est très fréquent de voir des Japonais travailler bien au-delà de 65 ou 70 ans (chauffeurs de taxi, sécurité, services).
L’ouverture économique ciblée: le gouvernement a récemment créé de nouveaux visas pour attirer de la main-d’œuvre étrangère qualifiée et semi-qualifiée, brisant un tabou historique.
Bref, avant de lancer des discussions politiquement et économiquement dangereuses, il faudrait s’informer…
Par Xavier Comtesse & Philippe Labouchère


