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La route de la toile

Wuxi & Shanghai, Chine 2017



Partie 1: Wuxi‍


Wuxi, Mercredi 5 Avril :

À la tête d’une délégation de 22 industriels, Florian Németi, Directeur de la Chambre Neuchâteloise de Commerce et de l’Industrie est reçu par les autorités de la Ville. La raison d’une telle rencontre est de comprendre quel avenir les chinois veulent réserver à l’internet des Objets. Évidemment en Suisse, personne ne connaît Wuxi, cette ville située près de Shanghai désignée par le parti communiste chinois pour devenir la ville de l’Internet des Objets. ‍


Les chinois font les choses en grand (construire une ville) pour ces minuscules objets qui vont demain organiser nos villes (smart cities), notre énergie (smart grid), notre santé (smartwatches), etc. Alors pourquoi accueillir ces petits suisses dans la Mecque du Futur chinois ?


Figurez-vous qu’ils sont très intéressés par ces neuchâtelois qui abritent le CSEM, EM Microelectronic Marin et Semtech et maîtrisent le low energy dans les capteurs, les circuits intégrés et les puces de télécommunication. En fait, ces Suisses-là sont parmi les leaders mondiaux dans ce domaine qui est en quelque sorte le cœur de l’Internet des Objets. Alors la rencontre est tendue. Les géants chinois écoutent avec curiosité. La délégation suisse fait de son mieux. La rencontre officielle se termine. On se congratule et on se promet de se revoir. À Neuchâtel, peut-être à l’automne.


Que dire de cette rencontre ? Un grand pas vient pourtant d’être franchi car ils savent qu’ils vont devoir compter sur notre savoir-faire. Ils vont venir voir. C’est sûr.‍

« En fait, ces suisses-là sont parmi les leaders mondiaux dans ce domaine qui est en quelque sorte le coeur de l’Internet des Objets »‍

Car ils le savent commencer par l’infiniment petit est «la» bonne stratégie. Apple, Intel, Google et les autres se trompent car l’Internet des Objets ce n’est pas simplement des ordinateurs en beaucoup plus petit. Il n’est pas suffisant de vouloir construire plus petit en emmenant avec soit des circuits imprimés et des systèmes d’exploitation (OS) gourmands en électricité. Non, il faut tout recommencer à la base, depuis le tout petit. C’est une démarche inverse de celle que des géants de l’informatique ont connu il y a 50 ans, qui a été une quête vers la miniaturisation.‍

Avec l’Internet des Objets, c’est la démarche opposée qu’il faut entre-prendre. Construite des briques toutes petites utilisant peu d’énergie. Ces briques sont des capteurs, des circuits intégrés, des puces de communication et de petits OS.‍


Pourquoi ? Parce que les Objets communiquant seront à l’avenir tout petits, effectuant en général une seule tâche et seront en très grand nombre. On parle de 50 milliards d’objets connectés sur la plateforme Internet. C’est quand même beaucoup plus que les 2 ou 3 milliards d’humains aujourd’hui connectés.‍ Bref, ces petits monstres devront bien avoir à leur disposition de l’énergie électrique pour effectuer leur tâche et donc il faudrait qu’ils consomment un minimum pour éviter de devoir changer trop souvent leur pile. Voilà pourquoi le point fort des Neuchâtelois refait surface avec le low energy... c’est cela le futur d’Internet. Vous comprenez maintenant aussi pourquoi les chinois respectent leurs hôtes d’un jour.‍


Partie 2 – L'internet chinois


‍‍Les chinois font les choses en grand, en très grand sur la toile aussi. La semaine dernière Tencent (qui veut dire en chinois «message galopant» et non «dix centimes»!) vient de rejoindre les dix plus grandes capitalisations mondiales. Son patron Ma Huateng a acquis 5% de Tesla ce qui a boosté la valeur boursière de son entreprise. Mais ne nous y trompons pas, ce sont véritablement les applications Internet comme WeChat ou QQ qui font le cœur de son business. Sur ses messageries, ses réseaux sociaux, ses jeux d’argent, son commerce en ligne, son système de paiement (TenPay) tout est interopérable. On peut dès lors acheter, payer tout en discutant avec mes ami(e)s. On a ainsi accès aux différents services en un petit clic. C’est la plateforme du futur. ‍Les américains de WhatsApp, Facebook, Amazon ou autres PayPal semblent appartenir à la préhistoire du Web, l’époque où l’on quittait un service pour entrer dans un autre. La séparation et la compétition étaient la règle. C’est fou de constater comment les chinois ont été capables de prendre si rapidement le dessus dans la révolution Internet. Il faut d’ailleurs se rendre sur place pour vraiment le constater tel un voyage initiatique.‍C’est exactement ce qu’un groupe de 22 entrepreneurs suisses romands a fait la semaine dernière à Shanghai. Emmenés par la Chambre Neuchâteloise de Commerce et de l’Industrie, ils se sont initiés au futur.‍


Voici les principales conclusions de ce fact finding voyage concernant les applications Web :‍


  1. Dans un pays de 1,3 milliard d’habitants, totalement unifié au niveau des régulations, on ne fait pas d’étude de marché! On se lance avec son projet on-line la tête baissée... car cela finit toujours par marcher - plus ou moins. L’échec est une question d’échelle !

  2. Le commerce online est l’avenir du retail pour tous. Les horlogers suisses devraient y songer sérieusement. En Chine, on est bien sûr toujours aussi friand des grandes surfaces ou des boutiques... mais c’est pour essayer et faire une expérience client... mais lorsqu’il s’agit d’acheter sérieusement on va le faire essentiellement par le biais de son smartphone! À la fois parce que je vais y trouver aux meilleurs prix, que mon crédit est on-line et que je vais me faire livrer la marchandise. Le vrai confort. Alors les magasins ne vendent plus rien... ils sont devenus de simples show-rooms. Aux États Unis aussi, en mars dernier 34’000 emplois ont été perdus par les magasins américains.

  3. Les médias chinois se portent bien surtout les on-line. La société Toutiano vient ainsi de recevoir un milliard de la part de Venture Capitalistes, dont plusieurs américains qui visent désormais plus la Chine que la Californie. Mais alors que la presse mondiale se meurt, pourquoi un tel engouement? Ils ont 700 millions de lecteurs quotidiens online !Cela fait toute la différence. On peut en déduire tout naturellement que le principal problème de nos médias, c’est l’audience. Car s’il y a du monde, du trafic, il y a de l’argent, celui de la pub.

  4. Tout le monde paye avec son téléphone. Plus de carte de crédit, plus de virement bancaire, plus de monnaie. L’argent s’est totalement dématérialisé dans le pays. Prendre une bicyclette dans la rue, un taxi, un sandwich, un thé, etc. vous sortez désormais votre smartphone Huawei et non plus votre porte-monnaie. « Les américains de WhatsApp, Facebook, Amazon ou autres PayPal semblent appartenir à la préhistoire du Web. »


Partie 3 – Les chinois rêvent de montres suisses de type IoT


Shanghai, début avril :

En visite pour comprendre l’avenir de l’Internet of Things (IoT), une délégation suisse conduite par la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie n’en revenait pas : dans un centre hyperhightech de la compagnie DFRobot, de jeunes «makers» chinois ont montré leur extraordinaire inventivité.

Fini l’image d’un peuple de «copieurs», désormais la Chine invente.

Chez les plus branchés des jeunes entrepreneurs chinois, la créativité a pris nettement le pas sur leur capacité légendaire à copier. Désormais, plus que les ateliers du monde, la Chine se dote d’une grande capacité d’invention. La roue tourne. Il va falloir compter sur une autre Chine. Quand ce fut le tour de montrer un objet fait 100% en Suisse, Jean-Marc Wiederrecht, membre de la délégation, exhiba sa montre mécanique révolutionnaire qu’il venait de présenter à BaselWorld. Incroyable les jeunes électroniciens de la révolution «IoT» se sont précipités sur le podium pour voir la merveille. Il semblerait même que dans le monde moderne des geeks chinois, l’efficacité du marketing des horlogers reste intacte.

Sans aucun doute, la montre suisse a encore de l’avenir en Chine ! Mais il est bien clair que désormais, il faudra moderniser celle-ci.

En complément à la mécanique, il faudra y ajouter de la connectique. L’avenir des horlogers suisses doit passer obligatoirement par une intégration de puces, de censeurs et autres softwares de l’Internet of Things. C’est notre destin mais aussi une opportunité car l’emplacement sur le poignet est devenu stratégique pour tous. Que se soit la santé, la sécurité, le paiement, le contrôle des objets, etc., le poignet est la position idéale de l’IoT.

C’est simple: soit on est présent, soit on en est exclu. Ce n’est plus une question de choix mais une question de vie ou de mort pour cette industrie. Notre chance, c’est que nous possédons les compétences ! Il ne reste plus qu’à orchestrer la mise en œuvre.

Comment cela pourrait-il se passer ?‍

« Le canton de Neuchâtel devrait être au centre de cette révolution de l’IoT. »‍


Déjà inventeur de la montre à Quartz dans les années 60, il peut aujourd’hui compter sur le dynamisme de ses entre-prises (par exemple EM Microelectronic Marin) et des Hautes Écoles (Université de Neuchâtel, EPFL Microcity, He-Arc et le Centre de recherche du CSEM). Pas moins d’une douzaine d’initiatives ont été lancées dans le canton pour affronter cette mutation indispensable pour une industrie hautement technologique : celle des puces et censeurs à très basse consommation d’énergie. C’est le cœur même de l’IoT qui s’y joue.


Ainsi par exemple, le CSEM vient de faire une annonce retentissante en amorçant la maîtrise de toute la chaîne de fabrication des objets connectés dédiés à l’Internet des Objets. En effet avec le Groupe Swatch, ils vont développer la pièce manquante : un système d’exploitation pour les objets connectés à faible consommation d’énergie. Cette innovation stratégique va propulser, à n’en pas douter, la région comme l’un des leaders mondiaux de la révolution numérique des objets. Son directeur Mario El-Khoury avait déjà beaucoup œuvré pour mettre le CSEM et Microcity au sein de la révolution industrielle, maintenant il fait franchir un nouveau pas à ses équipes de chercheurs mondialement respectés.

Sans aucun doute, les chinois vont devoir traiter avec les suisses. Ils semblent adorer cela si l’on constate leur enthousiasme pour les montres suisses !‍

Partie 4 – Ces chinoises qui vont façonner notre avenir!‍


La Chine en a fini avec la copie, désormais elle invente! Les compagnies chinoises ont été capables ces dernières années de dépasser technologiquement leurs homo-logues américaines... maintenant elles vont aller à la conquête du monde. Explications :


Alibaba, le e-commerce

Le géant technologique chinois peut-être le mieux connu dans le monde est Alibaba. C’est la plus grande société de commerce électronique dans le monde. Yahoo en détient une participation de 15% qui est évaluée à plus de 30 milliards de dollars - beaucoup plus que la valorisation actuelle du cœur de métier de Yahoo. Avec ces 1,3 milliards d’habitants, la Chine est le plus grand marché de l’e-commerce dans le monde. ‍Baidu le Google chinois Surnommé «le Google de la Chine» Baidu est considéré comme le moteur de recherche le plus populaire de la Chine continentale. Ce qui en fait un colosse de la publicité en ligne. Par ailleurs, la société publie des cartes numériques, des informations, propose du stockage en mode cloud, des chaînes de télévision, et une tonne de différents produits liés à la recherche sur le web.‍


Didi, l’Uber

Comme son rival américain Uber, Didi a connu un décollage incroyable depuis plusieurs années. Didi a créé ainsi le service de transport de personnes le plus populaire de la Chine en offrant simplement aux chauffeurs de taxi traditionnels, une plateforme Internet. En réalisant plus de 10 millions de déplacements par jour (à comparer aux 2 millions réalisés par Uber dans le monde entier), Didi est la première compagnie de taxis au monde. En Chine, Didi a fini par écraser Uber qui a dû retirer ses billes l’année dernière après avoir encaissé plus d’1 milliard de pertes.‍


Huawei, le Cisco+

C’est le «Cisco de la Chine»mais pas seulement. Huawei est aussi un fabricant de téléphone mobile. La société travaille au déploiement d’IoT en Australie, construit un réseau 5G à Singapour et est partenaire de Google pour mettre la plateforme Daydream (réalité virtuelle) sur Android. Dans un monde où tout le monde veut être fournisseur de logiciels et de services, Huawei émerge comme «le» fabricant de matériel pour tous.‍


JD.com, l’Amazon

JD.com est «l’Amazon de la Chine» mais la compagnie a déjà dépassé Amazon dans plusieurs domaines. Il y a dix ans, JD a parié que beaucoup d’acheteurs chinois gagneraient en pouvoir d’achat et voudraient investir dans des produits de qualité et de luxe. Et c’est exactement ce qui s’est passé. La Chine est inondée de produits piratés, mais JD ne propose que des produits authentiques en provenance des marques les plus emblématiques. ‍


Tencent avec WeChat = WhatApps + Facebook

Parfois appelé le «Facebook ou le WhatApps de la Chine», Tencent a longtemps été connu pour son client de messagerie instantanée QQ.com avec plus de 200 millions d’utilisateurs. Cependant, le successeur de QQ et WeChat qui a émergé comme le second plus grand réseau social au monde derrière Facebook. On compte désormais 700 millions d’utilisateurs. Pensez à WeChat comme une combinaison de WhatsApp, Facebook, Apple Pay, Google Actualités, et Slack. En fait, WeChat fait tout. À une époque où les réseaux sociaux se scindent en fonctions spécifiques dans différentes applications, WeChat assume l’approche «couteau suisse». Et cela fonctionne.


Xiaomi, l’Iphone chinois

Le plus grand compétiteur de Huawei sur le marché des appareils portables est – en dehors d’Apple et Samsung – une autre entreprise chinoise: Xiaomi. La société a lancé en 2010 une copie des mobiles Android, mais a rapidement décidé de faire ses propres téléphones en débauchant Hugo Barra, le responsable d’Android chez Google. Depuis lors, la société a développé une base clientèle passionnée par son smartphone «Mi» (plus de 200 millions d’utilisateurs dans le monde).


par Xavier Comtesse et Florian Nemeti pour le groupe de réflexion Manufacture Thinking

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