Les trains sont toujours à l’heure… sauf entre Genève et Lausanne!
- Philippe Labouchère

- 23 févr.
- 3 min de lecture
La Suisse face à ses clichés (3/6). Troisième volet de notre série consacrée aux grands traits que l’on prête à la Confédération helvétique: la ponctualité des CFF. Par Xavier Comtesse et Philippe Labouchère
Un article disponible dans l'AGEFI : https://agefi.com/actualites/opinions/les-trains-sont-toujours-a-lheure-sauf-entre-geneve-et-lausanne
Les pendulaires de la métropole lémanique en ont marre. Contrairement à ce que l’on a toujours pensé, les trains ne partent plus ni n’arrivent à l’heure. Parfois, ils ne partent plus du tout. Des pannes importantes à répétition sur la métropole lémanique ont mis à mal cette image de fiabilité et de ponctualité. Les voyageurs s’insurgent, les entreprises aussi.
Que se passe-t-il?
D’abord, les faits. Quelques dates pour mémoire qui ont vu les usagers rester à quai:
16 février 2026: acte de vandalisme à Lausanne, tout le trafic interrompu.
11 février 2026: dérangement technique à Villeneuve.
4 décembre 2025: incident sur la ligne entre Lausanne et Genève (Gland-Nyon).
10 juin 2025: manifestations et occupation de voies à Genève et Lausanne.
5 mars 2025: interruption du trafic entre Gland et Nyon.
Sans parler des nombreux arrêts pour accidents de personnes à répétition, du trou de Tolochenaz, des problèmes liés à la météo, etc.
Ensuite, il faut savoir qu’un système ferroviaire performant doit être redondant avec des parcours alternatifs. En effet, il y a plus de 50% de lignes en plus à Zurich que sur la métropole lémanique pour un nombre d’habitants plus ou moins équivalent (un million). Ceci permet de résoudre bon nombre de problèmes d’interruption de lignes.
50,9% de lignes en plus: cela signifie que si une ligne est interrompue, il reste toujours une possibilité de la contourner. Ce n’est pas le cas entre Genève et Villeneuve. Une seule ligne: c’est un problème de fond.
Il y a, en effet, plusieurs raisons à cela:
1. Une saturation extrême
La ligne Genève-Lausanne est l’une des plus fréquentées de Suisse romande. Trains régionaux, longues distances (IR, IC, EC, TGV), Léman Express et trafic de fret circulent sur les mêmes rails. Cette saturation accentue l’impact du moindre incident: un petit problème technique peut bloquer de nombreux convois.
2. La fragilité des infrastructures
Plusieurs pannes majeures ont été causées par des défaillances de la ligne de contact ou par l’endommagement d’installations techniques. En août 2025, par exemple, une rupture de caténaire entre Etoy et Saint-Prex a paralysé l’ensemble du trafic de l’Arc lémanique.
3. L’absence d’alternatives viables
Pour rallier les nœuds majeurs de la «City 101», tels que l’aéroport, les options ne sont plus fiables: l’autoroute est surchargée et les routes secondaires sont trop lentes. Une troisième voie Genève-Lausanne ne résoudrait que partiellement cette faiblesse structurelle.
Le problème réside dans le manque de moyens engagés historiquement. Existe-t-il une différence de traitement entre les Suisses romande et alémanique? Oui. Et elle ne date pas des investissements récents: la tendance a commencé il y a plus d’un siècle. En 1900, selon le Dictionnaire historique de la Suisse, sur un total d’environ 3800 à 4000 km de voies ferrées, la répartition était déjà nettement en faveur de la Suisse alémanique pour des raisons démographiques, industrielles et topographiques. Depuis, la situation n’a pas véritablement été rééquilibrée, malgré l’essor économique fulgurant de la Suisse romande.
Le saviez-vous?
Pour garantir le respect des horaires, les CFF ont modifié leur grille ces dernières années en rallongeant les temps de parcours. Comptez environ 15 minutes de plus sur un trajet Neuchâtel-Genève, par exemple. Avant la réforme de 2024, ce trajet durait entre 1h13 et 1h16; il faut désormais tabler sur 1h27 à 1h34 pour un trajet standard.
L’astuce est transparente: on ralentit les trains pour «garantir» la ponctualité.
Par Xavier Comtesse et Philippe Labouchère


