21mai

Manufacture 4.0 : voyage au bout de la nuit numérique

Publié par Xavier Comtesse dans Actualités

Une importante délégation d’entrepreneurs romands s’est rendue les 25 et 26 avril 2016 en Allemagne à la découverte de l’industrie 4.0. Conduite par Florian Nemeti, le dynamique directeur de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Neuchâtel, le groupe cherchait à comprendre cette révolution du numérique! Après les visites de nombreux stands de la Foire de Hanovre (la plus grande du monde de type industriel), il s’est avéré que les «data» et les «process» à savoir les données et les algorithmes ont envahi l’usine du futur. Ils ont pris en quelque sorte les commandes. 

 

L’homme semble avoir perdu le combat du travail. Les «robots» et les «bots» sont les ingrédients

de la révolte, ils ne travaillent pas seulement plus vite mais plus sûrement et plus longtemps. En fait, l’ouvrier dans la fabrique 4.0 semble absent ou alors principalement au service des machines. C’est cela qui est saisissant. La machine ne sert pas l’homme, c’est le contraire! Cette inversion des rôles nous interpelle. C’est ainsi qu’il faudrait vraiment dé nir la révolution 4.0.

Certes cet exemple est aujourd’hui encore insolite car peu d’usine fonctionne réellement comme cela… mais à Hanovre, les suisses ont pu voir et toucher de près les modes de fabrication d’après-demain: impressionnant!

En attendant le futur… on peut déjà tirer trois leçons de Hanovre :

D’abord l’industrie 4.0 est là et bien là … ce n’est pas un buzz … elle va s’installer dans le paysage pour toujours. Siemens, ABB, General Electric, etc. mais aussi les suisses comme Swatch (Sistem51) Novartis (Stein) ou Roche (Kaiseraugst) ont commencé à construire concrètement les briques numériques de l’usine du futur. Celle-ci sera high-tech, sophistiquée, exible et précieuse. Pas tout le monde sera capable de la produire!

Ensuite, ce sera un environnement de travail avec beaucoup moins de travail- leurs mais beaucoup plus de numérique. Les ouvriers seront hautement spécialisés et devront être dèles (le risque de turnover va devoir être maîtrisé)… car les enjeux de la production flexible, numérique et connectée sont tels qu’ils n’y aura pas mille lieux de fabrication. On va massivement relocaliser. Il en est peut être fini de la Chine?

En n, l’industrie 4.0 va être capable de produire en très grande quantité. L’usine 4.0 pourra remplacer jusqu’à quatre anciennes fabriques. Ainsi son niveau de productivité va faire un bond par rapport à ce que l’on a connu. L’absence de l’homme peut l’expliquer en partie mais pas seulement, car la nouvelle génération de «robots» et de «bots» est plus intelligente, exible et rapide que les générations précédentes. Les gains en productivité vont venir du travail des robots! On assiste donc à une véritable accélération de la production industrielle.

On peut s’attendre à une guerre sans merci pour les lieux de production mais aussi à une surcapacité industrielle mondiale qui va faire des morts! En effet, si l’on est capable de produire plus et plus vite alors il va falloir redimensionner un bon nombre de régions industrielles!

Après ce voyage à Hanovre, je pense que l’Allemagne sortira vainqueur de ce combat et pourrait entraîner dans son sillage quelques pays européens dont la Suisse. Mais ni la Chine, ni les Etats-Unis n’ont pris la réelle mesure du changement. La Chine parce qu’elle continue

à parier sur les différentiels des marchés monétaires, du travail, etc. alors qu’il s’agit désormais de «robots» et de «bots» qui font le travail (hardware et software) et que les Etats Unis ont ten- dance à trop miser sur le software. Leur stratégie consiste à croire que le software suf ra à amener une position économique dominante (la sur-traitance). Personnellement, je pense que seul celui qui offrira des solutions mixtes, à la fois hard et soft gagnera la guerre économique de la révolution numérique.

Car ne l’oublions pas, dans une logique du « first take all », il n’y a pas tellement de marge d’erreur possible. A Hanovre, la délégation suisse romande a pu noter la forte présence des entreprises allemandes … et donc elle a rapidement pris les premiers contacts avec ces derniers pour simplement être dans le coup!

La question du travail est une question centrale pour les citoyens suisses et européens qui sont très inquiets

face à l’avenir incertain de l’économie mondiale. La réponse sur l’avenir du tra- vail n’est pas évidente. Ce qui est certain, c’est que les emplois de demain ne seront pas les mêmes qu’aujourd’hui. Un représentant du gouvernement allemand, Monsieur Peer-Oliver Villwock présent sur le podium parle même d’un changement profond. Il évoque le chiffre de 3% des travailleurs qui changeraient complètement d’orientation donc de métier chaque année. Ainsi en moins d’une génération, la moitié de la population active aura non seulement changé de patron mais de profession. inouï !

Du jamais vu depuis près de deux cents ans et la dernière grande révolution industrielle européenne lorsque les paysans avaient massivement quitté les campagnes. Tout le système social avait alors basculé vers un nouvel ordre. On peut désormais s’attendre à une même mutation du système. La formation, notamment continue, va être mis terriblement sous pression. La révolution numérique va précipiter les réformes. Par rapport à la discussion actuelle en Suisse allemande sur les langues à l’école, cette offensive paraît plus importante.

L’enjeu est tellement crucial que même Barak Obama en a parlé lors de l’ ouverture (au côté de la Chancelière Madame Mer- kel) de la plus grande «Messe» industrielle du monde. Son discours a par ailleurs rappelé que les Etats-Unis sont les leaders de la révolution du «numérique» (surtout en ce qui concerne le software) et qu’ils veulent le rester.

Est-ce que cette déclaration va suffire lorsque l’on sait que du côté industriel (hardware), les allemands sont les meilleurs. Par exemple, Google est un géant finalement fragile puisque ses revenus proviennent pour 90% de la publicité. Alors que Siemens paraît mieux armé pour la guerre industrielle avenir.

Cet affrontement va atteindre un nou- veau paradigme car qui du software ou du hardware va dominer le monde? Devinez!

Du côté suisse, c’est aussi franchement très tendu… on est en retard à peu près sur tout: sur le software et le hardware… alors que nos usines sont souvent plus mo- dernes que celles de nos concurrents allemands et américains…

Et c’est là nalement l’enjeu de la révolu- tion numérique: ni l’innovation, ni l’emploi sont les «marqueurs» de demain…mais l’usine! En effet, la nouvelle production industrielle sera le véritable champ de bataille pour les entreprises performantes car c’est de là que proviendra à l’avenir … la «valeur» et la «productivité» … donc les richesses.

 

HANOVRE ET SA LEÇON MAGISTRALE!

La grande Messe industrielle de Hanovre a dévoilé les contours de l’usine du futur. Entièrement digitale, celle-ci sera davantage dirigée par les données, no- tamment celles des consommateurs comme les Big Data et les algorithmes, à savoir les processus de fabrication exibles et rapides, que par l’homme. Tour d’horizon en termes de leçons d’avenir à retenir absolument. 

Nous allons passer en revue dix points essentiel sur le développement de la nouvelle révolution industrielle pour non seulement en comprendre les enjeux mais aussi de donner une marche à suivre pour l’implémentation de l’usine du futur.

1.- Au début, il y a la donnée. C’est en quelque sorte la pierre angulaire de l’édifice numérique. Tout tourne autour d’elle. Du consommateur à l’innovation, de la chaîne de production à la logistique, la donnée est numérisée et le reste tout le long des processus de fabrication! La donnée sera traitée comme une partie virtuelle jumelée au produit et sera même le pro- duit dans la chaîne des processus numérique.

2.- La première conséquence sera que l’usine numérique débarrassée en quelque sorte du passage obligé de l’humain, pourra fonctionner à des rythmes beau- coup plus élevés. La productivité globale va faire un bond en avant.

3.- La seconde conséquence c’est que les consommateurs auront une ligne directe avec les usines-mères via ses données et/ou l’internet des objets. Plus d’intermédiaires pour prendre des marges. Tout sera direct!

4.- La troisième, c’est que le concept de formation devra évoluer vers l’idée de formation permanente. On va être tou- jours en formation. Ainsi seuls les MOOC (Massive Open Online Course) pourront répondre à cette nouvelle contrainte.

5.- Dans le tout numérique, tous les contrats seront forcément numériques donc de type blockchain!

6.- Les modèles économiques industriels vont être bouleversés car, si les intermédiaires tendent à disparaître, alors le lien direct établi entre l’usine et le consommation apportera de nouveaux modèles d’affaires basés sur une relation durable de type abonnement.

7.- Les relations entre les entreprises, comme par exemple dans le cas de la sous-traitance vont évoluer vers une nouvelle dynamique. Le concept clé à comprendre est celui de sur-traitance. Quelques entreprises seulement seront capables d’offrir des plateformes de type sur-traitant!

8.- Le choc des transitions! Transition énergétique et transition démographique vont percuter avec celle de l’industrie 4.0. De nouveaux modèles sociaux devront être inventés!

9.- L’usine du futur sera en réseau et donc déterritorialisée. Est-ce la fin des clusters industriels comme celui de l’horlogerie?

10.- Enfin comme lors des premières révolutions industrielles, tout le monde ou presque va devoir changer de métier! Pas seulement d’employeurs mais véritablement de métiers et ceci plusieurs fois dans sa vie active! Cette quatrième révolution industrielle va à coup sûr nous entraîner dans le changement dorénavant permanent.