09novembre

Les Nouvelles du Front de la Guerre Connectée: le début de l’offensive des horlogers suisses

Publié par Xavier Comtesse dans Actualités

Lundi 9 novembre 2015, Tag Heuer présente à New York sa montre connectée. Pour la première fois une manufacture suisse va offrir une véritable montre connectée ouverte aux millions de programmeurs du monde entier avec un «écosystème» celui d’Android Wear. Montblanc, Frédérique Constant, Tissot ou Swatch Zero One étaient certes localement connectés mais avec des systèmes fermés, en fait, sans plateforme… donc sans avenir. Explications.

Connecté peut signifier beaucoup de choses comme payer sans contact (technologie radio à champs très proche NFC) recevoir une notification depuis son smartphone ou son laptop par bluetooth (technologie à champs moyen, quelques dizaines de mètres) ou encore avoir des communications longue distance grâce à la carte sim qui vous relie aux réseaux de la téléphonie sans fil (3G, 4G). Mais au-delà de cet aspect purement technique, il faut bien saisir qu’en plus de ces niveaux de communication, il y a la question des systèmes d’exploitation gérant la montre. Soit vous êtes ouvert aux entreprises développant des apps avec une plateforme de type Android, IOS 2 (Apple) ou Tizen (Samsung), soit vous êtes fermé à toute collaboration externe et dans ce dernier cas vous ne pouvez pas profiter de l’extraordinaire élan de toute l’économie numérique. Autant dire que vous allez nulle part!

C’est principalement cela que les grands groupes suisses n’avaient jusqu’alors pas saisi. Installés dans le «déni», ils n’avaient pas voulu voir que l’économie moderne n’est plus un jeu de chacun pour soi. Nokia avait précisément ignoré cette réalité et avec l’arrivée des smartphones de Apple et de la plateforme iStore. Nokia a été dans le déni en ne voulant pas croire aux changements provoqués par les écosystèmes. L’entreprise a plongé par la suite. C’est exactement ce qui pend au nez des horlogers suisses.

Mais aujourd’hui, saluons l’offensive de Tag Heuer qui va dans la bonne direction. Certainement d’autres chemins sont possibles. Je vais en citer trois pour bien montrer à quel point le jeu économique du numérique offre encore larges débouchés.

D’abord, le co-branding adopté par Hermès avec Apple ou Tag Heuer avec Google. Ce chemin laisse encore de nombreuses opportunités d’alliances avec notamment les sud coréens de LG (G Watch) ou Samsung (Gear), les chinois de Lenovo (Moto 360) ou les japonais de Sony pour ne citer que ces industriels déjà fort avancés dans la technologie du tout connecté.

Puis le «going-global» qui revient à acheter sur d’autres continents des entreprises avec des savoir faire différenciées mais complémentaires comme par exemple les start-ups californiennes, reines du portable que sont Chronos, Misfit, Jawbone, Pebble ou Nymi (juste cinq exemples parmi une centaine d’autres possibles). Fossil est dans l’horlogerie la seule entreprise globale avec le quartz à Hong Kong, la mécanique à Bâle et la connectée à San Francisco!

Enfin, le développement en Suisse d’une «killing app» (l’application qui tue… ou plutôt qui rapporte gros). Ce chemin est celui suivi par le CSEM avec des sensors personnalisés. Car, on sait bien que la montre connectée va être la chose la plus intime qu’on n’a jamais eu sur soi puisqu’elle va nous reconnaître, nous mesurer, nous diagnostiquer, nous parler et surtout nous aider dans notre vie quotidienne et notre santé. C’est précisément là qu’interviennent les nombreuses possibilités des nouvelles «apps» comme celles de «Dc Watson» d’IBM ou de Nymi de Bionym. Toujours présente au poignet, la montre connectée nous reconnaitra de manière unique grâce à notre marqueur cardiaque biométrique (technologie Nymi) et permettra ainsi de supprimer les cartes d’identité, de passeport, de crédit, de mot de passe, de code PIN ou de clés. Ainsi la montre connectée atteint le stade ultime de l’objet proche, intime. Cet espace de développement devrait particulièrement plaire à l’ingéniosité des suisses.

Face à une telle évolution, donner seulement l’heure paraît bien dérisoire. L’annonce aujourd’hui de Tag Heuer devrait marquer le début de la grande offensive de l’industrie horlogère suisse.

PS. cet article paraît dans les pages du Journal AGEFI (9.10.2015)