12juillet

Et maintenant: la guerre des mouvements… forcément ravageur

Publié par Xavier Comtesse dans Actualités

En 2002 Nicolas Hayek annonce avec fracas la fin des livraisons à la concurrence de mouvements et de quelques autres ébauches par le groupe Swatch. Depuis plus d’une trentaine de mouvements maisons ont été développé et proposé sur le marché par des manufactures horlogères. Il y a pléthore de l’offre. Certes, tous ne sont pas encore à maturité, puisqu’il faut bien compter une dizaine d’années de développement et de fabrication avant d’avoir un mouvement fiable et commercialisable à grande échelle. Cependant, ces dernières années toujours plus de petites et de moyennes marques annoncent le lancement de mouvements de base maison. Le phénomène prend de l’ampleur. Regardez les Armin Strom, Badollet, Blacksand, Eterna, Hermès, Richard Mille, Schwarz Etienne et autres Ulysse Nardin, les annonces de lancement de mouvements horlogers développés – voire même réalisés – par de petites et moyennes marques se sont multipliés ces dernières années. Ils sont aujourd’hui une trentaine d’entreprises à posséder un mouvement. C’est trop beaucoup trop… cela rappel aux anciens de mauvais souvenir de très mauvais souvenir… la crise des année 20!!!

Petit rappel historique

Le secteur horloger suisse est organisé de telle sorte qu’une poignée seulement de marques réalise tous ses mouvements de A à Z: Rolex, Cartier, Omega, Patek et quelques autres. Les autres, pour une partie ou pour l’ensemble de leurs besoins, font appellent à des fournisseurs, parmi lesquels les deux sociétés de Swatch Group ETA (mouvements) et Nivarox (spiraux). La raison est historique. Dans les années 1920, l’industrie horlogère suisse faire alors face à un difficile problème de délocalisation : le chablonnage, comprendre la vente de pièces détachées à l’étranger. Pour tenter de discipliner la profession, les fabricants créent en 1924, avec l’aide massive de la Confédérationen, la Fédération Suisse des Associations de Fabricants d’Horlogerie avec comme double missions d’édicter des conventions protectionnistes, que l’on nommera le « statut » et de favorisé le regroupement des fabricants d’ébauches et notamment de mouvements dans une seule compagnie. Ebauches SA, née du rapprochement de trois importants fabricants (Michel S.A. et  Schild S.A. à Granges et la Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon) va être au centre de cette dernière stratégie. Dans les trois années qui suivent, 27 autres établissements rejoindront la société. Aujourd’hui, ETA du groupe SWATCH, n’est autre que la société qui a succédé à Ebauches SA. Lorsque l’horlogerie mécanique renaît de ses cendres après la crise des années 1970, ETA – désormais propriété de Swatch Group (alors ASUAG-SMH) – est la seule, ou presque, à pouvoir encore fournir des mouvements mécaniques. Depuis trente ans, elle fonctionne donc comme un « supermarché » de l’horlogerie, selon le terme même de feu Nicolas G. Hayek. Une situation qui va gentiment agacer l’industriel, qui reprochera toujours plus aux marques d’aujourd’hui d’empocher des bénéfices sans jamais investir dans l’outil de production.

D’abord, un coup de fouet

Cette nouvelle tendance aux mouvements maison a donné dans un premier temps par un coup de fouet à l’industrie des machines. Ainsi Tornos a vu son chiffre d’affaires dans le domaine horloger décupler en dix ans: «Nous proposons cette année trois nouvelles machines, deux décolleteuses et un centre d’usinage, énumère Carlos Almeida, responsable du secteur, il y a deux ans encore. Nous avons aujourd’hui 120 clients dans l’horlogerie, et les besoins sont de plus en plus importants, surtout chez les petites marques qui visent la flexibilité et la polyvalence». Aujourd’hui, la situation est tout autre… plus personne n’achète de machines outils dans le secteur et la surcapacité industrielle crée déjà des tensons immenses notamment sur les prix.

Ensuite, un coup de froid

Le prix des mouvements vont chuter… ils sont produits en trop grand nombres… par tout le monde ou presque! … la surcapacité industrielle est en train de produire une crise bien pire que celle de la montre connectée, du franc fort ou des stocks des revendeurs pleins à craquer… merci Monsieur Hayek … vous ne pouviez certes pas prévoir en 2002 que tout cela arriverait en même temps… mais voilà c’est le cas et cela va faire mal…très mal.

plusieurs extraits de ce blog sont tirés de Montres & Passion du 10. 03. 2012